Quelque chose de spécial s’est passé le 27 mars dernier chez Azur Boréal. Une douzaine de résidents ont accepté de participer au projet « Adolescences croisées », mené par l’artiste SoGo. Ces hommes et ces femmes ont pris part à une activité d’échanges intergénérationnels, au cours de laquelle des élèves du secondaire sont venus à leur rencontre.
La fébrilité était palpable dans la pièce, lorsque les jeunes et les résidents se sont rencontrés pour la première fois. « C’est normal de se sentir un peu angoissé, a dit, d’entrée de jeu, l’artiste avec bienveillance. C’est nouveau. C’est différent. Ça arrive très rarement une belle rencontre comme vous êtes en train de vivre en ce moment. »
Les élèves de quatrième et de cinquième secondaire de l’école des Grandes‑Rivières se sont ensuite réunis en sous‑groupes. Ils souhaitaient en apprendre davantage sur l’héritage, les expériences et les apprentissages des aînés. Le hasard a voulu que Rose, Mélodie et Elva s’assoient près de la résidente Marie-Alice Simard.
Une fois les présentations faites, les filles ont commencé à poser les questions qu’elles avaient préparées au préalable, avec l’accompagnement des enseignantes Cindy Lapointe et Émilie Girard.
C’est Elva qui a pris la parole en premier en demandant à Marie-Alice Simard de parler de son adolescence. La dame de 102 ans a répondu d’une voix claire et posée : « J’ai passé du bon temps pour ainsi dire. J’étudiais encore. Je restais chez mes parents, près du couvent à Albanel. J’ai suivi mes études. J’ai eu mon diplôme. J’ai commencé à enseigner à 17 ans. »
« Ce n’était pas difficile. Les enfants étaient sages. Il n’y avait rien pour les déranger. J’étais dans une école de rang. J’avais sept années. J’ai montré à lire et à écrire. En septième année, je donnais des certificats. Il y en a beaucoup qui arrêtaient à l’école de rang et qui n’allaient pas au village », raconte-t-elle.
Une fois la glace brisée, les langues se sont déliées. Marie-Alice Simard a parlé de son parcours avec émotion. Sa mémoire n’a pas faibli. « Quand on se mariait, il fallait arrêter d’enseigner. Je me suis mariée à 22 ans. J’ai élevé mes enfants. J’ai eu tout de suite ma première maison après deux ans de mariage à Albanel. Mes parents nous ont aidé beaucoup. On n’était pas riche, mais on vivait. »
Que faisait-elle pour se divertir à l’époque, sans téléphone cellulaire, lui demande-t-on? « On s’amusait en famille. Il fallait jouer aux cartes. Il fallait danser. Il fallait chanter », répond-t-elle, avec un sourire en coin.
Au fil des échanges, des ponts se construisent. Des sourires apparaissent. Une complicité naît.
La rencontre a même été le théâtre de retrouvailles inattendues, comme ce fut le cas pour Marie-Ange Rousseau et Lucie Gagnée, âgée de 97 ans. En discutant, elles ont réalisé qu’elles avaient un lien de parenté et plusieurs points communs. « J’ai appris qu’elle aime beaucoup les animaux et qu’on aime pas mal les mêmes chansons de Claude Dubois », raconte la jeune fille.
Un projet en plusieurs étapes
Les enseignantes Cindy Lapointe et Émilie Girard sont depuis longtemps à la recherche d’un projet artistique stimulant pour leurs élèves. « Mon projet de rêve était de permettre à des élèves de créer un projet en collaboration avec un artiste », exprime Cindy Lapointe.
Le courant est immédiatement passé avec SoGo, donnant naissance au projet d’art relationnel « Adolescences croisées ». L’objectif : plonger les jeunes dans la démarche artistique de l’artiste, qui met de l’avant l’importance de la rencontre humaine pour mieux comprendre les réalités des autres… et, ultimement, mieux se connaître soi‑même.
L’artiste dolmissoise s’est d’abord rendue en classe pour présenter son approche et discuter du projet. Les élèves ont ensuite participé à une activité d’échanges intergénérationnels à la résidence intermédiaire.
SoGo en tire un bilan plus que positif. « J’espérais que, dans l’inconfort, les jeunes réalisent qu’ils peuvent trouver beaucoup d’inspiration. Pas seulement dans ce qui est dit. C’est exactement ce qui s’est passé. Lors de notre retour ensemble, j’ai insisté sur cet aspect. Ils ont reçu des réponses plus verbales de certaines personnes âgées, mais il ne faut pas oublier les sensations, les pensées qui leur traversaient l’esprit et les petites angoisses ressenties avec des personnes moins verbales. Ça en dit énormément. »
Ces échanges serviront de base à une introspection personnelle qui nourrira la création des œuvres des élèves. De son côté, SoGo réalisera une pièce centrale inspirée à la fois de ses rencontres avec les adolescents et de leur propre processus créatif.
« Je veux créer une œuvre collective qui s’inscrit dans le symbolisme et la conceptualité. Je veux montrer que l’art a une satisfaction esthétique, mais il y a aussi tout le penchant de stimulation intellectuelle et sensorielle. Les arts visuels peuvent aller au-delà du 2D », dit l’artiste.
L’œuvre collective sera dévoilée au début du mois de mai, à l’occasion d’un vernissage à L’Espace.
Soulignons que ce projet est rendu possible grâce au Club Kiwanis Maria-Chapdelaine, à la Caisse Desjardins des Grandes-Cultures-du-Lac, au Passeur culturel, à l’école secondaire des Grandes-Rivières et Azur Boréal.