Chroniques

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L’obsolescence programmée des humains

Le 23 mai 2026 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

Quand j’ai refait la décoration de ma chambre à coucher, je me suis inspirée pendant des heures dans des magazines, sur Pinterest… De sorte que quand j’ai eu terminé, c’était une chambre digne d’une revue.

J’ai acheté chez Gagnon Frères une superbe tête de lit sur laquelle j’ai mis des plantes, des chandelles. Une ambiance tellement zen qu’on aurait dit la chambre d’une femme qui boit de l’eau citronnée en méditant à 5 h du matin. (Cette femme n’est pas moi).

Les mois ont passé. Ma chambre est encore super belle. Mais j’ai fait le saut récemment de voir que les chandelles sur la tête du lit ont tranquillement fait place à un pot de pilules pour dormir. Un onguent pour soulager l’arthrite. Un coussin chauffant pour le dos. Des « night strips » pour mieux respirer. Des Tylenol extra-fort, au cas où. Un humidificateur. Des gants de tunnel carpien.

Mon décor Pinterest est devenu un rayon chez Jean Coutu.

On le dit souvent à la blague : passé 40 ans, y’a pu de garantie. Les bobos sortent. Les excès de jeunesse commencent à paraître. Les genoux nous le disent quand on monte un escalier trop vite. Le cou craque le matin quand l’oreiller est mal placé. Je suis d’ailleurs devenue cette personne qui traîne son oreiller orthopédique quand elle dort ailleurs.

Et insidieusement, on se met à avoir des conversations qu’on n’aurait jamais pensé avoir il y a dix ans, et on parle de nos bobos ! Pis quand quelqu’un nous dit : « Tu devrais essayer ça, moi ça m’aide beaucoup », on se croirait dans un panel de retraités à Canal Vie.

Ça ne fait pas longtemps dans l’histoire que les humains vivent aussi vieux. Mon chiro me racontait que dès l’âge de 25 ans, une usure normale commence déjà à se créer. Le corps accumule tranquillement les kilomètres. Selon notre travail, nos habitudes, nos sports, notre stress ou notre capacité légendaire à sortir l’épicerie du char en un seul voyage, cette usure arrive plus ou moins vite.

Avant, beaucoup de gens mouraient avant même d’atteindre l’âge où aujourd’hui on commence à dire : « Faudrait que je fasse attention à mon cholestérol. » Maintenant, on vit plus vieux… Avec des pièces qui lâchent.

C’est étrange, vieillir.

Dans ma tête, j’ai 28 ans. Jusqu’au moment où je me relève et que mon corps fait des bruits de sacs de chips. Ou que je me blesse en dormant, parce que j’ai été trop longtemps sur le même bord. Ou que certains aliments ne sont plus tolérés par mon système. Salutations, brocoli.

J’ai arrêté d’en parler aux gens plus vieux que moi, ils me répondent systématiquement avec un sourire en coin: « jeune fille, t’as encore rien vu… »

CE N’EST PAS RASSURANT DU TOUT CA !

Je pensais que vieillir m’apporterait une grande sagesse, pas que j’allais devenir une madame qui possède des bas de contention beige. Et je me fais penser à ces objets d’aujourd’hui qui sont fabriqués pour ne pas durer. Mes petites douleurs me font craindre le pire par rapport à ce que sera ma qualité de vie dans 40 ans.

C’est ça j’imagine, l’obsolescence programmée chez les humains. On n’arrête pas, on continue en ralentissant lentement mais sûrement, avec des morceaux de moins en moins fiables.

Je vais conclure avec ceci même si c’est quétaine, c’est inévitable de dire ces phrases réconfort quand on vient de se plaindre un peu: au moins, on est en vie.

Vieillir est un privilège qu’on a tendance à oublier. De l’eau citronnée je vous prie, je veux vivre vieille même si ça coince par moment.

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