« Nous avons le devoir de reconnaître et d’accueillir la sagesse de nos aînés. » C’est l’un des enseignements principaux du projet Adolescences croisées, initié par l’artiste SoGo, qui a récemment trouvé son aboutissement lors d’un vernissage réunissant des participants de tous âges.
Quatre-vingts élèves de l’école secondaire des Grandes‑Rivières ont pris part à ce projet d’art relationnel, mené sur plusieurs mois avec l’accompagnement de leurs enseignantes en arts plastiques, Cindy Lapointe et Émilie Girard. À travers le processus, les jeunes ont pu s’imprégner de la démarche artistique de SoGo.
Une vingtaine d’entre eux ont même rencontré des résidents d’Azur Boréal, une expérience chargée d’émotions à laquelle Le Nouvelles Hebdo a assisté. Ces échanges ont nourri leur réflexion et inspiré leurs œuvres. En sept semaines, un projet collectif a émergé.
Les élèves ont d’abord réalisé une création individuelle à partir de leur rencontre avec les aînés. « Je suis allée une fois dans chacune des quatre classes au début du processus pour les aider à trouver une idée en résonance avec leur adolescence et celle des personnes âgées », explique SoGo.
Par la suite, l’artiste dolmissoise est retournée à l’école sur l’heure du midi pour suivre l’évolution du travail. « Les classes étaient pleines. Il y avait tous les niveaux. Les jeunes ont pu apprendre à se connaître entre eux », se réjouit-elle.
En parallèle, SoGo a conçu dans son atelier une œuvre centrale destinée à relier toutes celles des élèves. « Je voulais représenter cette discussion qu’ils ont eue avec les personnes âgées. Deux inconnus auraient pu rester en surface, parler du beau temps ou d’aspects futiles. Mais ce qui m’a inspirée, c’est justement cette conversation authentique qui va droit aux racines, à la connaissance et à la richesse des personnes âgées. Je pense qu’on a réussi. »
Dans cette œuvre, l’adolescence est représentée par un bateau, symbole de vie nomade, d’aventure, d’ouverture et d’exploration. En face, une figure plus âgée évoque un territoire aux architectures complexes, façonné par le temps, l’expérience, les connaissances et la patience.
Pour SoGo, de tels échanges rappellent l’importance de reconnaître la sagesse de nos aînés et de tisser de véritables liens entre les générations. « On ne peut pas espérer bâtir des communautés solides sans comprendre ce qui a été construit avant nous », souligne-t-elle.
Le projet a généré de nombreuses retombées positives, comme c’est le cas de l’élève de cinquième secondaire, Amélie St-Jean. « Il m’a permis d’explorer de nouvelles techniques artistiques que je n’avais jamais eu l’occasion de pratiquer, témoigne-t-elle. Le projet m’a aussi permis de discuter avec des personnes âgées. C’était une expérience incroyable, remplie d’émotions. J’ai trouvé leurs histoires et leurs bagages tout simplement incroyables et inspirants. »
L’artiste elle-même a grandi à travers cette expérience. « Ce projet me touche profondément. Ma grand‑mère est en Colombie, et tous mes grands‑parents y vivent aussi. Malgré la distance, j’ai toujours entretenu une relation proche avec eux. Mais avoir leur sagesse à portée de main au quotidien, ce n’est pas quelque chose que j’ai connu. J’en retiens qu’il est important que j’aille chercher cette sagesse par moi‑même. »
Le vernissage s’est tenu le 7 mai dernier à L’Espace. L’œuvre y sera exposée pendant tout le mois de mai.