Le principal défi actuel en agriculture, c’est de s’adapter à des changements rapides, estime Jean-Thomas Maltais. Le président régional de l’Union des producteurs agricoles (UPA) souligne qu’ils font face à une pression grandissante alors que les coûts de production augmentent rapidement.
Jean-Thomas Maltais, qui est aussi producteur de bovins et de céréales, dénonce les fluctuations soudaines du prix des carburants.
« Quand les prix du diesel augmentent graduellement, on peut s’ajuster. Mais quand ça monte de façon rapide et importante, on n’a plus de marge de manœuvre », explique-t-il.
En pleine période de semis, les producteurs n’ont pas le luxe d’attendre une baisse des prix.
« On ne peut pas dire qu’on sèmera dans trois mois. Il faut y aller, peu importe le coût. »
Ces hausses peuvent représenter des sommes considérables, ajoute le président régional de l’UPA . Certains producteurs consomment entre 10 000 et 30 000 litres de diesel par saison. Une augmentation d’un dollar par litre peut donc se traduire par une facture supplémentaire de 30 000 dollars.
À cela s’ajoutent les coûts des engrais, eux aussi en hausse, ainsi que ceux liés au transport, à la machinerie et aux pièces.
« Tout est relié au prix du pétrole. Chaque intrant coûte plus cher. Et ces hausses arrivent souvent plus vite que l’ajustement des revenus », ajoute Jean-Thomas Maltais.
Contrats signés à l’avance
Du côté des revenus, l’incertitude demeure. Les prix des grains, par exemple, sont souvent fixés à l’avance par contrat.
« On a les mains liées. On s’engage avant même de connaître les conditions réelles de la saison », dit-il.
Cette année, plusieurs producteurs hésitent d’ailleurs à signer des contrats trop tôt.
« Certains attendent de voir les marchés évoluer. C’est un pari. On peut gagner ou perdre. »
Cette réalité n’est pas sans stress. Même avec une planification rigoureuse, les résultats peuvent varier considérablement.
« Tu fais tout comme il faut, mais à l’automne, une mauvaise saison peut tout changer. Ou encore, tes coûts ont tellement augmenté que ça gruge tes profits. »
Face à cette situation, les attentes envers les gouvernements sont élevées, mais la déception est palpable.
« On ne représente même pas 1 % du budget du Québec. On a eu quelques aides financières, mais souvent trop tard », déplore M. Maltais.
Taxe carbone
L’un des principaux irritants demeure la taxe carbone, que les producteurs demandent de voir abolie.
« On n’est pas compétitifs. Nos produits se vendent sur les marchés internationaux. Si nos coûts sont plus élevés qu’ailleurs, on est désavantagés », affirme-t-il.
Selon lui, cette mesure crée une concurrence inéquitable, puisque peu de juridictions appliquent une tarification similaire.
« Ce n’est pas qu’on ne veut pas faire d’efforts pour l’environnement. Au contraire, les producteurs sont proactifs », insiste-t-il, évoquant notamment les bandes riveraines, les rotations de cultures et la présence croissante de fermes biologiques dans la région.
« Donnez-nous les moyens d’être compétitifs. »
À l’approche des prochaines échéances politiques, la patience s’amenuise.
« Les deux candidats à la chefferie de la CAQ s’étaient engagés à l’abolir, mais rien ne bouge. Si rien ne change, ce sera une perte de confiance importante. Les producteurs en ont assez », prévient-il.