La hausse de 0,50 $ du salaire minimum, désormais fixé à 16,60 $ de l’heure à compter d’aujourd’hui, le 1er mai, suscite de vives réactions au Québec, tant du côté des organismes de lutte contre la pauvreté que des représentants du milieu des affaires.
Le Collectif pour un Québec sans pauvreté dénonce une augmentation jugée nettement insuffisante dans un contexte marqué par la hausse persistante du coût de la vie.
Selon l’organisme, l’augmentation des prix des aliments, du transport et du logement accentue les difficultés des personnes à faible revenu, pendant que le gouvernement choisit, une fois de plus, de protéger la rentabilité des entreprises plutôt que d’améliorer concrètement la qualité de vie des travailleurs les plus vulnérables.
« Avec cette augmentation, une personne seule travaillant 35 h par semaine toute l'année verra son revenu disponible croître d'à peine 300 $, soit moins de 6 $ par semaine. Un montant qui ne change rien pour celles et ceux qui vivent dans la précarité. Le gouvernement maintient les gens dans la pauvreté plutôt que de les en sortir. », affirme Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif.
Le Collectif critique également la justification avancée par le ministre du Travail, Jean Boulet, qui évoque un contexte économique nécessitant une progression « équilibrée » du salaire minimum afin de préserver à la fois le pouvoir d’achat des salariés et la compétitivité des entreprises.
« Le problème avec ce prétendu équilibre, c’est qu’il penche toujours du côté des entreprises », réplique Serge Petitclerc, rappelant qu’une personne sur cinq ayant eu recours à une banque alimentaire l’an dernier occupait un emploi rémunéré.
De son côté, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) accueille également mal la hausse du salaire minimum, mais pour des raisons opposées. Elle estime que cette augmentation représente un coût annuel de 1 197 $ par employé rémunéré au salaire minimum, incluant environ 157 $ en taxes sur la masse salariale, lesquelles seraient près de 30 % plus élevées que la moyenne canadienne.
La FCEI se dit toutefois soulagée que le gouvernement ait écarté l’idée d’un salaire minimum à 20 $ l’heure, une mesure qui aurait, selon elle, généré un coût de 10 milliards de dollars et mis en péril de nombreuses entreprises et emplois.
L’organisation rappelle enfin que cette hausse s’ajoute à une série d’augmentations des coûts d’exploitation, notamment le carburant, l’assurance, l’électricité et les charges réglementaires et fiscales, et ce, malgré l’annonce récente d’une baisse d’impôt visant 75 000 PME par la première ministre du Québec Christine Fréchette.
Selon un sondage interne de la FCEI, 58 % des dirigeants de PME affirment que toute diminution du fardeau fiscal serait prioritairement utilisée pour augmenter la rémunération des employés. Viendrait ensuite le remboursement de la dette de l'entreprise (54 %), l'investissement dans l'innovation (54 %) et l'embauche de nouveaux employés (35 %).