Chroniques

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Un État fort et décentralisé

Le 17 avril 2023 — Modifié à 15 h 11 min
Par Mélyna Girard

Chronique

Rapprocher le pouvoir des citoyens et citoyennes et réduire le nombre d’intervenants pour une responsabilité sont à ne pas douter d’excellentes décisions. Mais ça ne veut pas dire que l’on doit tout décentraliser. Là comme ailleurs, la modération a bien meilleur goût. Trop c’est comme pas assez.

Il y a des responsabilités qui doivent demeurer nationales, par exemple l’éducation. Il faut donner plus de pouvoirs aux écoles afin de tenir compte des réalités et besoins locaux, tout comme il faut favoriser une gestion locale des équipements sportifs et culturels, tant scolaires que municipaux. Mais le financement de l’éducation doit demeurer national. Il faut éviter que des populations soient mises à mal par un manque de ressources financières. Une importante décentralisation n’est pas incompatible avec un État solide, elle peut même le renforcer, en évitant le gaspillage des ressources humaines et financières.

À ne pas en douter, les besoins dans plusieurs domaines seront de plus en plus grands, que ce soit en matière d’environnement, de santé, d’éducation et plus récemment dans le domaine militaire au fédéral à la suite de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Face à des défis de plus en plus importants, il n’est pas question de vouloir réduire l’État à une peau de chagrin. Ce ne sont pas les milliardaires d’aujourd’hui ou de demain qui vont défendre le bien commun, qui s’amenuise de plus en plus. Au moment où les riches de ce monde ont beaucoup de pouvoir et d’argent que les rois d’avant les révolutions, seul un État fort et décentralisé pourra nous protéger de la cupidité sans limites des ultrariches.

Croire que l’on pourra continuer de gérer comme on le fait actuellement, dans un enchevêtrement où tout le monde s’occupe de tout, n’est pas possible. Quand, par exemple, un secteur comme la forêt est sous la juridiction à la fois du municipal, du régional, du national et du fédéral, ça  ne peut qu’être coûteux et inefficace. On est, comme disait ma mère, dans une situation où : « une vache perdrait son veau ».

En décidant qu’une responsabilité comme la forêt devrait être déléguée à une seule entité, par exemple le niveau régional, on pourra libérer des ressources tant humaines que financières qui pourraient être attribuées à des fonctions plus prioritaires ou urgentes. Ce sera un exercice difficile et ardu, mais absolument nécessaire. Il nous faudra apprendre à nous faire confiance entre ruraux et urbains avec pour objectif de faire en sorte qu’on délègue les responsabilités à ceux et celles qui vivent dans les territoires concernés. Si les urbains veulent décider ce qui se passe en ruralité et que les ruraux veulent décider ce qui se passe dans les grands centres urbains, on n’est pas sorti ni du bois, ni de la ville.

Au moment où les divisions de toutes sortes, que ce soit entre ruraux et urbains, jeunes et vieux, écolos et éconos ou progressistes et conservateurs, sont notre marque de commerce, il est impossible de progresser comme société. Nous avons besoin d’un projet collectif qui nous rassemblera et nous responsabilisera davantage. Mettre de l’avant « un État fort et décentralisé » comme ligne directrice possède le potentiel de nous réunir et de nous donner les moyens de construire un pays dont nous serons tous fiers, qui sera plus écologique, plus juste, plus éduqué et plus solidaire.

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