Bien connue comme mairesse de Saint‑Thomas‑Didyme, Sylvie Coulombe est également la mère de trois enfants. Elle porte encore la mémoire de son fils Francis, emporté par le cancer il y a 30 ans. Pour lui rendre hommage, elle s’apprête à gravir le Kilimandjaro en compagnie de huit autres femmes.
Sylvie Coulombe a été approchée il y a quelque temps par l’instigatrice du projet 9 femmes, 1 sommet : Kilimandjaro 2026, Monica Prévost. « J’ai été une des premières à être interpellée, dit-elle. Elle a tout de suite pensé à moi. Elle m’a dit que l’objectif était de monter le Kilimandjaro avec huit autres femmes pour une cause. J’ai réfléchi. J’aime les défis. Ça m’a pris une semaine pour lui dire que j’embarquais. »
Toutes les conditions semblaient réunies pour que Sylvie Coulombe accepte. Celle qui a œuvré pendant 37 ans chez Desjardins en tant que gestionnaire a récemment pris sa retraite. Elle dispose maintenant d’un peu plus de temps. Et surtout, elle a toujours souhaité poser un geste fort pour Francis.
« Je n’avais pas eu l’occasion de faire quelque chose de mémorable en sa mémoire. Ça ne s’était pas présenté à moi. Je n’avais peut-être pas l’énergie pour ça. L’opportunité s’est présentée. Toutes les pièces du casse-tête se sont emboîtées », explique la femme de 63 ans.
Un hommage né d’une grande épreuve
Francis, l’aîné de ses enfants, est décédé il y a 30 ans. Il était un garçon de dix ans, sociable, curieux, toujours prêt à s’impliquer. La maladie est arrivée sans prévenir.
« Il était en entraînement de hockey. Il m’est arrivé et il avait une bosse sur le nombril. On pensait que c’était banal. Ça n’a pas pris de temps, on a eu un rendez-vous au médecin. Il nous a envoyés directement au CHUL », se remémore-t-elle.
Le diagnostic est tombé : cancer des ganglions. Le jeune garçon a été hospitalisé. « On se rendait souvent au CHUL à Québec. On ne voulait jamais le laisser seul. On a accompagné notre fils du mieux qu’on pouvait. On s’est battus du mieux qu’on pouvait. Le cancer a gagné. »
Lorsque son état s’est détérioré, la famille a choisi de revenir à la maison pour vivre ses derniers instants dans l’intimité. Francis et ses proches ont été accompagnés tout au long du processus. Ils pouvaient entre autres compter sur l’appui de Leucan.
L’organisme québécois soutient les enfants atteints de cancer et leurs familles, dès l’annonce du diagnostic et pendant la maladie.
« Ils sont habitués à accompagner des gens qui vivent ces situations-là. Ils offrent des services. Il y a une massothérapeute qui est venue à la maison. Ça lui faisait du bien. Ils venaient aussi s’informer sur nous. On pouvait avoir des séances de discussion avec les parents qui vivent la même chose que nous », indique-t-elle.
Reconnaissante, Sylvie Coulombe souhaite aujourd’hui redonner à l’organisme. Avec les huit autres grimpeuses, elle amassera 75 000 $, dont la moitié sera remise à Leucan et l’autre à la Fondation Desjardins pour des projets destinés aux jeunes.
Une préparation rigoureuse
Pour atteindre le plus haut sommet d’Afrique, Sylvie Coulombe sera accompagnée d’un guide de montagne. Le groupe s’entraîne activement. En janvier, les grimpeuses se sont rendues en Équateur pour gravir quatre volcans.
Ce fut la première expérience de Sylvie Coulombe en altitude. « Dès la première journée, on est arrivées et on avait une petite ascension à 3 800 mètres. J’ai eu mal au cœur à cause de l’altitude. J’avais beau être physiquement en forme. J’ai commencé à ne pas filer du tout. Mes pulsations augmentaient. Je ne me sentais pas bien. J’ai été obligé de redescendre. »
Ébranlée, Sylvie Coulombe a beaucoup pleuré. Elle croyait voir son rêve de gravir le Kilimandjaro s’effondrer, incapable de tolérer l’altitude. Mais elle a décidé de persévérer. « Le lendemain, on est remontées à 4200 mètres. J’ai eu mal au cœur. Ça a super bien été. Après ça, je n’ai plus rien senti. » L’espoir est revenu.
De retour au Québec, le groupe a poursuivi son entraînement dans Charlevoix et en Mauricie. Une excursion de trois jours est d’ailleurs prévue prochainement dans Charlevoix pour travailler leur endurance.
Au quotidien, Sylvie Coulombe marche, beaucoup. « J’essaie de marcher au moins quatre à cinq fois par semaine, de huit à dix kilomètres, avec un poids sur les épaules. »
S’émerveiller encore, malgré la blessure
Encore aujourd’hui, la douleur est encore là. Selon Sylvie Coulombe, il s’agit d’une blessure qui ne se referme jamais vraiment. « On apprend à vivre avec », dit-elle.
Tous les jours, elle a une pensée pour son Francis. « Chaque fois que je vis une expérience, je sais que Francis aurait aimé ça. Je le vis pour ça. Je m’émerveille. Parfois, je vais juste prendre une marche. Je remercie la vie. J’ai le plaisir de vivre ça. Je suis contemplative par rapport à ce que je suis capable de vivre. »
C’est dans cet état d’esprit qu’elle se prépare à l’ascension des 5 895 mètres du Kilimandjaro, prévue en septembre prochain.