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Travailleurs étrangers temporaires

Un quotidien marqué par l’incertitude

Le 19 février 2026 — Modifié à 09 h 38 min
Par Emmanuelle LeBlond - Journaliste

L’incertitude. C’est l’état d’esprit qui accompagne sans relâche les travailleurs étrangers temporaires établis ici. Leur souhait est simple: obtenir la résidence permanente pour pouvoir bâtir un avenir durable à Dolbeau‑Mistassini. Mais le chemin est loin d’être facile.

Le Motel Chute des Pères emploie quatre travailleurs étrangers temporaires : Jacques Dapina, originaire du Sénégal, Orden Kamdem Tabe et Nicole Fotso, tous deux du Cameroun, ainsi que Bledar Kerni, de l’Albanie. Ils ont accepté de se réunir, en compagnie de la propriétaire Audrey Rousseau, afin de témoigner de leur réalité.

Jacques est installé à Dolbeau-Mistassini depuis deux ans. « J’étais venu pour voir le pays au début. J’ai vu que c’était une belle ville. Les gens étaient chaleureux. J’ai eu la chance d’avoir une main tendue de ma patronne pour m’inciter à travailler. J’ai accepté sans hésiter », dit celui qui occupe aujourd’hui un poste de serveur au restaurant Le Méandre.

« On avait la promesse comme quoi après deux ans d’expérience, avec le Programme de l'expérience québécoise (PEQ), on avait la chance d’avoir accès à la résidence permanente », ajoute l’homme de 38 ans.

Sa femme l’a rejoint il y a un an. Elle est actuellement en formation pour devenir préposée aux bénéficiaires et a récemment entamé un stage à l’hôpital. Ensemble, ils se sont intégrés à leur nouveau milieu et rêvent de construire des projets communs à Dolbeau‑Mistassini. Mais les récentes politiques migratoires viennent bouleverser leurs plans. Jacques pourra-t-il rester à la fin de son contrat de travail? La question demeure.

« On vit dans l’incertitude totale. C’est une chose qui nous réveille de notre sommeil. On ne sait pas où on va aller », confie-t-il.

Travailler ici, espérer rester

Pour sa part, Nicole travaille comme réceptionniste au motel depuis près de deux ans. Elle s’est installée ici pour saisir une occasion professionnelle. Elle raconte que les conditions au Cameroun ne sont pas toujours simples, ce qui a motivé son départ.

« Parfois, on a de la difficulté à trouver du travail. Quand on en trouve un, on a souvent des problèmes avec les employeurs au niveau salarial. S’il te paie le 15 de chaque mois, une chose est sûre, il y aura un mois où il va décaler ce jour », explique-t-elle, en soulignant que l’environnement de travail n’est pas motivant.

Ici, elle réussit à s’épanouir. Mais son mari et ses enfants lui manquent. Ils sont actuellement en démarches pour obtenir leur résidence permanente, avec l’espoir de pouvoir la rejoindre.

« Pour l’instant, mon contrat est encore jusqu’en 2027. Ma préoccupation, c’est que si je n’arrive pas à le renouveler ou à obtenir ma résidence, on va revivre la même situation. Je serai obligée de rentrer, et mes enfants, eux, seront ici », se désole-t-elle.

La situation pèse lourd. « Ce n’est pas facile de se lever chaque jour en ayant toujours la même chose en tête : ton dossier d’immigration. »

Et puis, Orden et Bledar vivent une réalité semblable. Tous deux travaillent dans les cuisines du restaurant et habitent ici avec leur femme et leurs enfants.

Ces travailleurs partagent leur histoire dans l’espoir de faire bouger les choses.

« On veut que le gouvernement facilite notre immigration. On est là. On travaille. On paie nos impôts. On paie notre loyer comme tout le monde. On contribue au développement et à l’économie du pays, surtout dans cette petite ville qu’on aime bien », conclut Jacques.

 

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