Culture

Temps de lecture : 2 min 40 s

De la parole à l’image : les tapajeurs racontent leur réalité par l’art

Emmanuelle LeBlond
Le 23 avril 2026 — Modifié à 15 h 14 min le 22 avril 2026
Par Emmanuelle LeBlond - Journaliste

Donner une voix à ceux et celles qui vivent la précarité sociale : telle était la mission du panel de recherche du programme TAPAJ (travail alternatif payé à la journée), aboutissant à une œuvre collective récemment dévoilée chez Toxic-Actions.

Le programme TAPAJ, destiné à réduire les méfaits auprès des personnes vivant une précarité sociale ou financière, a été lancé par Toxic-Actions il y a près de cinq ans.

« Le concept est de créer des plateaux de travail de deux ou trois heures en partenariat avec d’autres organismes communautaires, la communauté, les instituts publics et la Ville pour permettre aux gens de se réintégrer socialement ou professionnellement », explique Annick Duchesne, directrice adjointe de l’organisme.

Et les résultats sont concluants. « On est la preuve que le programme TAPAJ fonctionne en région éloignée. Depuis le début des plateaux, on a une trentaine de partenaires à différents niveaux. On a plus de 180 nouveaux tapajeurs qui ont assisté à des plateaux de travail depuis les cinq dernières années », poursuit-elle.

Formation d’un panel de recherche

Depuis 2023, l’organisme collabore activement à une recherche-action dirigée par Karine Bertrand, professeure au service des dépendances de l’Université de Sherbrooke et directrice scientifique de l’Institut universitaire sur les dépendances.

Un panel de recherche a été constitué à Dolbeau-Mistassini, en décembre 2024, regroupant une dizaine de participants qui ont participé au programme TAPAJ.

« On s’est rencontré une fois par mois depuis la dernière année et demie pour mettre sur pied ce projet collectif. Dans le projet collectif, il y a plusieurs petits projets individuels », indique Annick Duchesne.

Le panel de recherche permet de donner une voix à ces personnes, en leur offrant un espace d’expression artistique.

« Le but ultime de TAPAJ est l’autonomisation, l’inclusion sociale et le bien‑être, fait savoir Karine Bertrand. Parmi les obstacles à ce bien‑être, la stigmatisation occupe une place importante : elle contribue à les rendre invisibles ou à faire en sorte que leur parole ne soit pas prise au sérieux. À travers ses activités de recherche, TAPAJ agit comme un porte‑voix. Ces gens possèdent une riche expérience de vie et ont beaucoup à nous apprendre. »

Un espace pour dire et créer

À travers le projet, ils ont pu mettre des mots et des images sur leurs souffrances, leurs expériences et les épreuves traversées. Mais surtout, ils ont mis en lumière leur résilience et la force avec laquelle ils affrontent les difficultés.

Chaque participant avait un message à transmettre, comme Manon Patry qui souhaite faire évoluer la perception des personnes en situation de précarité.

« On est tous pareils. Tout le monde a ses souffrances. Il n’y a pas de classe sociale. Qu’une personne ait beaucoup d’argent ou qu’elle n’en ait pas, elle peut vivre les mêmes problèmes. Par exemple, la maladie touche tout le monde, sans distinction. La mort aussi. Même avec toute la richesse du monde, on n’y échappe pas », exprime-t-elle.

Elle invite la communauté à faire preuve d’ouverture afin de déconstruire les différents préjugés.

Réalisation de soi

La Dolmissoise a adoré prendre part au panel de recherche. Cette opportunité lui a permis de rencontrer de nouvelles personnes, tisser des liens et sortir de chez elle.

L’artiste Caroline Desgagné a aussi observé les retombées positives du projet. Cette dernière a accompagné les participants tout au long du processus. « Ce qui m’a vraiment marqué, c’est le résultat final et l’impact que le projet a eu sur chacun d’eux. Ce sont des personnes qu’il faut parfois encourager un peu plus. J’avais confiance en eux : je savais qu’ils étaient capables de mener le projet à terme. Arriver au bout, voir le résultat concret, ils ont vécu le sentiment du devoir accompli », témoigne-t-elle.

Cette œuvre, intitulée @Ri:De la parole à l’image@Ri, aura un rayonnement provincial, dans le cadre d’un colloque provincial appelé le CRI (Convergence Recherche et Intervention), en partenariat entre autres avec l’Institut universitaire sur les dépendances.

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