La majorité des travailleuses sociales et travailleurs sociaux (T.S.) du Québec estiment que l’accessibilité et la qualité des services sociaux se sont détériorées depuis la création de Santé Québec. C’est ce que révèle un sondage mené pour le compte de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec.
Selon les données recueillies, 58 % des T.S. jugent que l’accessibilité à leurs services professionnels s’est dégradée au cours des dernières années. À l’inverse, à peine 2 % estiment qu’elle s’est améliorée, tandis que 40 % considèrent qu’elle est demeurée stable. De plus, 70 % des répondants au sondage croient que l’accessibilité continuera de se détériorer.
La qualité des services sociaux offerts n’échappe pas non plus aux critiques. Près de trois T.S. sur quatre (72 %) estiment que la création de Santé Québec a eu des impacts négatifs à ce chapitre, contre seulement 5 % qui y voient des effets positifs. Par ailleurs, 74 % des T.S. œuvrant dans le réseau public affirment avoir été témoins de coupes dans leurs milieux de travail.
Cette réalité se traduit concrètement dans la pratique quotidienne. Seuls quatre T.S. du secteur public sur dix estiment disposer de suffisamment de temps à consacrer à leurs clientèles, et six sur dix croient avoir la capacité d’offrir le nombre de rencontres nécessaires pour répondre adéquatement aux besoins des personnes accompagnées.
L’écart entre le public et le privé est également marqué sur le plan du bonheur au travail : les T.S. du privé rapportent un niveau de bonheur nettement plus élevé, évalué à 8,2 sur 10, contre 6,9 sur 10 dans le secteur public.
« Les résultats sont sans équivoque. Ils témoignent de tout le travail qu'il nous reste à faire pour améliorer l'organisation des services sociaux, afin de permettre aux T.S. œuvrant dans le secteur public de jouer pleinement leur rôle et de répondre aux besoins grandissants de la population. Nous continuerons de collaborer avec Santé Québec pour y arriver. », a souligné la présidente de l'Ordre, Valérie Fernandez.
Des critères de performance jugés mal adaptés
Le sondage met aussi en lumière un malaise important concernant les méthodes d’évaluation de la performance. Près des deux tiers des T.S. (62 %) estiment que les critères utilisés actuellement sont mal adaptés à la nature de leur profession. Une large majorité souhaiterait plutôt être évaluée à partir d’indicateurs qualitatifs, tels que la complexité des dossiers (83 %), les retombées positives des interventions sur la clientèle (77 %) ou encore la satisfaction des personnes suivies (75 %).
Or, la réalité observée sur le terrain est différente. Les critères les plus fréquemment utilisés demeurent majoritairement le nombre de personnes prises en charge (68 %), le nombre d’interventions réalisées (52 %) et la conformité aux règles administratives (48 %).
« Il y a un décalage entre la volonté des T.S. et la réalité. Lors des consultations préalables à l'adoption du projet de loi créant Santé Québec, nous avions mis en garde les décideurs quant au risque d'accoler aux services sociaux des indicateurs de performance liés au volume, qui ne tiennent pas compte de la réalité complexe et humaine de leur travail. Les données actuelles suggèrent que ces préoccupations persistent et ne semblent pas avoir été suffisamment prises en compte. », a déploré Valérie Fernandez.