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Du quartier des finances de Toronto à la forêt du nord du Lac-Saint-Jean

Quitter Bay Street pour vivre dans une yourte

Yohann Harvey Simard
Le 12 mars 2026 — Modifié à 08 h 07 min
Par Yohann Harvey Simard - Journaliste de l'Initiative de journalisme local

En 2021, David Desjardins a tout laissé derrière lui pour mener une vie simple, loin du bitume torontois, entre les arbres de la forêt boréale du nord du Lac-Saint-Jean.  

Pourtant, à première vue, tout se portait à merveille pour le jeune homme d’origine dolmissoise. Après avoir bossé dur, il avait accédé aux hautes sphères de le finance torontoise à titre d’analyste financier pour une grande banque où il avait d’abord fait ses débuts comme stagiaire à l’âge de 20 ans. Chaque matin, il se rendait à son bureau de Bay Street, l’équivalent torontois de Wall Street à New York, afin de décortiquer les tendances du marché. David Desjardins vivait pour ainsi dire son rêve d’adolescence.

« Pour moi, pour le petit gars de Dolbeau, c’était un grand accomplissement. C’était mon rêve d’adolescence. Il y avait beaucoup de travail derrière ça, c’était ce que je voulais », confie-t-il.

Déclic

En somme, la vie de David Desjardins s’écoulait sans remous ni accrocs. Le jour, il travaillait dans le domaine qui l’avait toujours passionné, et le soir, il rentrait auprès de sa copine de l’époque.

C’est alors qu’en 2020, à l’âge de 25 ans, un déclic se produisit dans la tête de l’analyste financier. Est-ce bel et bien la vie que je souhaite mener pour le restant de mes jours? Suis-je véritablement heureux?, se mit-il à se demander.

« J’étais en pleine crise existentielle, raconte-t-il. Après des années à travailler dans ce milieu-là, ma passion pour les marchés financiers était en train de mourir. Et il y a aussi la question du style de vie; j’ai réalisé que finalement, ce n’était pas ça qui allait me rendre heureux. J’ai compris qu’il manquait quelque chose en dedans de moi, que je n’étais pas comblé. La vision du monde que j’avais à l’époque s’est effondrée. »

Il part vivre en forêt

En 2021, au terme d’un an de réflexion, David Desjardins décida finalement de tout quitter, même sa copine torontoise. Il partait en quête de sens, ou plus précisément à la découverte de son for intérieur.

Après une brève escale chez ses parents à Dolbeau, le jeune homme commença son aventure en érigeant lui-même ce qui lui servirait de foyer pour les prochaines années, soit une yourte de 24 pieds de diamètre située à une centaine de kilomètres au nord du Lac-Saint-Jean. « Pourquoi une yourte?, explique-t-il, eh bien c’est parce que je voulais quelque chose de minimaliste, quelque de chose de simple avec un certain confort, mais qui reste le plus proche possible de la nature. Je trouve qu’un gros chalet, ça n’aurait pas répondu à ma vision de la vie. »

@ST:Une yourte modeste, mais bien équipée

La yourte de David Desjardins est connectée à Internet par le réseau satellite Starlink, ce qui lui permet de garder contact avec ses proches, mais aussi de publier ponctuellement des analyses financières de son propre cru qu’il monétise sur des sites spécialisés.

Pour l’électricité, David Desjardins s’en remet à des panneaux solaires pour alimenter la plupart de ses appareils, tandis qu’une génératrice à essence permet de répondre aux besoins énergétiques de l’habitation durant les mois plus froids et moins ensoleillés. La yourte est également dotée d’une cuisinette au propane, et pour le chauffage, David Desjardins se contente d’un bon vieux poêle à bois, ce qui fait « amplement le travail ».

Alimentation

Au chapitre de l’alimentation, le trentenaire dit essayer de se nourrir autant que possible par ses propres moyens. L’été, il lance régulièrement sa ligne sur le petit lac près de son camp, d’où il sort surtout des brochets, mais également quelques autres espèces de poissons. Il s’adonne parallèlement à la cueillette de petits-fruits et dispose aussi d’une serre qu’il a construite de ses propres mains pour la culture des légumes.

Mais puisque le but de la démarche n’est pas de vivre « dans la privation », David Desjardins affirme qu’il ne s’empêche pas d’aller faire un tour en ville de temps à autre pour se procurer certains produits de base.

Par ailleurs, il ajoute que « l’univers a été très généreux » avec lui. « Sans que je ne demande rien à personne, dit-il, il y a plein de gens qui se sont mis à me faire des dons quand ils ont su ce que je faisais. Et moi, en retour, je me suis mis à leur concocter des tisanes maison que je prépare à partir d’ingrédients forestiers que je trouve aux alentours! »

Plus heureux avec moins

Selon David Desjardins, la simplicité volontaire dont il fait preuve depuis bientôt quatre ans a contribué à faire de lui un homme beaucoup plus heureux.

« Ma plus grosse paie depuis que je suis dans le bois, c’est de me voir grandir en tant que personne, de me comparer avec qui j’étais il y a un an et de me dire “wow, j’en ai fait, du chemin!” Ce que j’ai compris, c’est que le but, c’était de grandir en tant qu’humain, pas de grandir mon compte de banque. »

De plus, poursuit-il, « quand je vais bûcher mon bois de poêle et que j’arrange mon brochet, je vois le travail que je fais, et ça me rend très fier, surtout quand on sait à quel point je n’étais pas un gars manuel! »

Le jeune homme explique aussi que le fait de vivre simplement contribue simultanément à réduire ses besoins. « J’ai carrément moins faim qu’avant », illustre-t-il, ajoutant que son appétit social aussi, est devenu moins vorace. « La solitude, elle a été très dure la première année. Mais tout de suite après, c’était réglé : je me trouvais bien seul, j’étais devenu paisible parce que j’avais dompté la solitude. »

Dans le même ordre d’idées, son mode de vie solitaire a également fait naître en lui une forme de spiritualité. « J’étais en finance à Toronto, donc, si on veut, la dimension spirituelle était absente de ma vie. Et puis ça, c’est vraiment un changement inattendu qui s’est produit depuis que je suis en forêt : je me suis découvert un côté spirituel. Ç’a été une grande surprise et c’est sans doute ce qui m’a le plus aidé à tenir le coup dans les moments difficiles. »

David Desjardins décrit sa spiritualité comme « un regard vers soi-même qui n’a rien à voir avec des éléments extérieurs ». « C’est aussi le fait d’avoir plus confiance en moi, en mes moyens, et en la vie. »

Trouver l’amour dans le fond des bois

Lorsqu’il a fait le choix de s’exiler en forêt, David Desjardins soutient qu’il avait fait la paix avec l’éventualité « de passer le restant de ses jours tout seul ». Le destin en aura cependant voulu autrement.

En août 2025, une fois qu’il eut été bien installé, David Desjardins commença à publier sur les réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles il décrit certains aspects de son mode de vie. Rapidement, une internaute se mit à partager ses publications. C’était le début d’une histoire amoureuse improbable.

« Quand j’ai vu qu’elle avait partagé mes premières vidéos, j’ai trouvé ça étonnant, donc je suis allé voir son profil, et en la voyant, j’ai immédiatement su qu’il allait se passer quelque chose. C’est un ressenti que j’ai eu. Et puis, éventuellement, j’ai su que c’était la même chose pour elle. »

David Desjardins et la femme dont il préfère taire le nom se sont rencontrés pour la première fois en septembre 2025. Depuis, ils entretiennent une relation amoureuse à distance.

« Elle aussi, elle vient de Dolbeau, mais elle habite actuellement Montréal. Pour le moment, tout fonctionne bien. On a même commencé à parler de projets ensemble parce qu’on partage la même vision. Elle aussi, se serait son rêve de vivre comme moi. Mais on ne précipite rien. Moi, je me dis qu’aujourd’hui, ça fonctionne, on a de beaux projets, et on laissera l’univers faire le reste! »

David Desjardins est catégorique : il n’a pas l’intention de revenir en ville de sitôt.

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