À l’instar de Bernard Drainville lundi dernier à Jonquière, c’est sous des sirènes d’ambulances que Christine Fréchette, députée de Sanguinet et aspirante à la chefferie de la Coalition Avenir Québec, a fait son arrivée à la microbrasserie Lion Bleu d’Alma ce soir.
C’est effectivement de pied ferme qu’ambulanciers, éducatrices du CPE Le Jardin de Roby de Roberval ainsi qu’employés de catégorie 3 du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean attendaient la potentielle prochaine première ministre du Québec.
Pour leur part, les paramédics étaient venus réitérer les revendications liées au renouvellement de leur contrat de travail.
« Elle nous a écoutés. On l’a sensibilisée à nos problèmes. Ça fait bientôt trois ans que nous sommes sans convention collective, il faut que ça se règle, et c’est un mandat qui doit venir du gouvernement. Donc, ce soir, on avait quelqu’un qui deviendra peut-être première ministre, et à ce titre, elle aura le pouvoir de régler notre convention collective », affirme, Philippe Morissette, représentant du Syndicat des paramédics du Saguenay–Lac-Saint-Jean–Nord affilié à la CSN.
Le représentant syndical rappelle que les négociations achoppent notamment sur la question des salaires et sur celle des horaires.
« On mérite un salaire à la hauteur de nos tâches et responsabilités, mais l’évaluation des tâches reste à faire et ça ne se conclut pas. On l’a aussi sensibilisée [Christine Frécette] aux problèmes des horaires de faction. Ça n’a aucun sens qu’on ait encore deux classes de patients dans notre région. »
L'horaire de faction contraint les travailleurs à être disponibles 24h/24, souvent pendant sept jours consécutifs, en attendant un appel à leur domicile ou à la caserne. « Que tu sois dans la douche, au gym, en train de souper, tu peux te faire appeler à tout moment. Tu peux déjà avoir ta journée dans le corps, te coucher à 20 h, dormir deux heures, et le CB sonne à 22 h et tu ne redors pas avant 10 h le lendemain », décrit Marc-André Lachapelle, vice-président à la mobilisation du Syndicat des paramédics du Saguenay–Lac-Saint-Jean–Nord.
Les horaires de faction sont par ailleurs réputés pour allonger de 7 à 12 minutes le temps de réponse des ambulanciers, ce qui contribue à créer deux classes de patients : ceux qui attendent moins longtemps, et ceux qui attendent plus longtemps. En zone rurale ou régionale, ce modèle de garde peut porter le délai de réponse total à plus de 15 minutes, voire dépasser 20-30 minutes dans certains cas, car les ambulanciers doivent d'abord se rendre à la caserne. Or, rappelle Philippe Morissette, « dans le cas d’un arrêt cardiaque, chaque minute d’attente de plus diminue de 10 % les chances de survie ».
Les paramédics du Saguenay–Lac-Saint-Jean–Nord réclament l’instauration de quarts de travail à l'heure, ce qui permettrait aux ambulanciers d’être rémunérés de façon « plus juste » en plus d’être positionnés en caserne ou sur un point de service, prêts à partir en moins d'une minute après la réception de l'appel.
Au terme d’un entretien avec les représentants syndicaux, Christine Fréchette a affirmé avoir « été surtout à l’écoute, à l’écoute de leurs préoccupations, de leur réalité sur le terrain. Ils m’ont expliqué que la nature de leur travail avait évolué au cours des dernières années et qu’ils souhaitaient que ce soit reconnu dans le cadre de leur convention de l’entente qu’ils ont avec le gouvernement. Donc, puisque je ne suis pas au cœur des négociations, je vais aller aux informations. »
CPE Le Jardin de Robi
Des travailleuses de la garderie de Roberval, en grève depuis bientôt quatre mois pour conserver la rémunération de leurs heures de dîner, faisaient également partie du comité d’accueil Christine Fréchette.
Les éducatrices étaient venues exprimer leur mécontentement quant à la judiciarisation de leur conflit de travail par le gouvernement du Québec, qui souhaite classer les CPE comme un service essentiel.
« L’employeur [le gouvernement] nous dit qu’il n’a pas d’argent, et il déploie des énergies et des ressources considérables dans la judiciarisation du conflit. […] Ça fait 40 ans qu’elles sont rémunérées [les éducatrices] pour leurs heures de repas. Ça n’a aucun sens de vouloir leur enlever », déplore Nathalie Duperré, la présidente régionale du syndicat des centres de la petite enfance et des bureaux coordonnateurs de la FSSS, affiliée à la CSN.
Selon la représentante syndicale, la judiciarisation du conflit témoigne d’une « volonté de l’employeur de ne pas négocier et de limiter le droit de grève des travailleuses ».
« Là encore, je me suis montrée à l’écoute », a soutenu l’aspirante cheffe après sa discussion avec des éducatrices et leur représentante syndicale. Elle a toutefois expliqué ne pas pouvoir commenter le dossier davantage étant donné que celui-ci est justement « devant les tribunaux ».