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La chronique Carte Blanche

Le Sénat, cette machine à gaspiller

Le 16 juillet 2026 — Modifié à 07 h 00 min
Par Roger Lemay - Rédacteur en chef

Richard Martel a gagné à la loto. Un poste assuré jusqu’à 75 ans, désormais bien à l'abri de la chasse aux électeurs, plus besoin de courir les soupers spaghetti et plus de patron, il n'aura plus à faire campagne, à défendre une position, ni à rendre des comptes à la population. Tout cela avec un salaire frisant les 200 000 dollars, avec la possibilité de se déplacer en classe affaire ou en première classe. Oui, oui ! Ça fait partie des « conditions de travail » des sénateurs. Vous savez combien coûte le Sénat aux Canadiens ? 140 millions annuellement. Mais pourquoi au juste ?

Une institution inutile

En principe, le Sénat est là pour examiner les projets de loi fédéraux et proposer des changements, mais dans les faits, son travail ne débouche sur aucune réforme significative puisque cette chambre n’a aucune légitimité démocratique. Contrairement aux sénateurs américains, français ou allemands, les nôtres sont nommés et non élus, rendant l’institution dépourvue de pouvoir réels, sans dents. Bref une coquille vide, un tigre de papier sans influence.

Les abus

Pire, cette institution n’est pas à l’abri des scandales. Ces dernières années, le sénateur Mike Duffy a réclamé 90 000 $ en allocations de logement dont il n'avait pas droit, la sénatrice Pamela Wallin a fait l'objet d'un audit qui a conclu qu'environ 121 000 $ de ses dépenses de voyage étaient inappropriées, le sénateur Patrick Brazeau a été suspendu après avoir reçu 48 700 $ en réclamant illégitimement des dépenses de logement, idem pour le sénateur Mac Harb qui a dû rembourser 231 000 $ en allocations de logement et de déplacements. Et récemment, le bureau d’enquête du Journal de Montréal découvrait que 2,6 millions $ avaient été dépensés pour faire voyager les conjoints et conjointes des sénateurs. Les conjoints ! Le plus désolant, c’est qu’il s’agit d’une pratique légale, et des dépenses acceptées. Bref, classe affaires, hôtels, indemnités journalières, cours de langue, voyages, restos, les sénateurs font la belle vie sur votre bras.

Abolir ou réformer ?

Bien sûr à la lumière de ce qui précède, ce n’est pas d’hier qu’on songe à abolir ou à tout le moins réformer le Sénat. Mais cela implique une réforme constitutionnelle, ce qui, au Canada, est une entreprise quasi impossible en raison de sa procédure de modification extrêmement rigide, de la règle du 7/50 imposant l'accord d’au moins 7 provinces représentant plus de 50 % de la population. Certaines provinces pourraient même tenir un référendum. Enlisement assuré. Le Québec est la première province souhaitant des changements, mais il ne faut pas croire que toutes les provinces anglophones plaident en faveur du statu quo. À tour de rôle, la Saskatchewan, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse, la Colombie-Britannique et le Manitoba ont demandé à un moment ou un autre l’abolition du Sénat.

C’est pour cette raison que la nomination de Richard Martel au Sénat illustre un paradoxe. Nul n’a jamais remis en question son intégrité, son implication ni sa capacité de travail. Mais le fougueux coach de hockey, habitué à carburer à l’adrénaline, risque fort de trouver le temps long d’ici les 10 prochaines années.

Mais dans le fond, honnêtement, qui d’entre vous aurait dit non à un job comme ça ?

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