Chroniques

Temps de lecture : 1 min 54 s

La patience des bâtisseurs

Le 14 août 2025 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

Je me surprends, et déçois, à lever moins souvent le poing dans les airs. Pas que je sois devenue d’accord avec tout, au contraire, mais la fougue que j’avais à vingt ans s’est mise à tourner au ralenti. Et je n’aime pas remarquer que parfois, je vois passer les débats, les marches, les grandes causes… Et je me dis intérieurement que j’ai déjà donné, ou que le chantier est ben trop grand. J’ai l’impression d’abandonner et je ne me sens pas bien avec ça.

On va se le dire, on en voit passer avec le temps des promesses creuses! Des réformes avortées, des beaux discours qui s’éteignent au lendemain de l’élection. On se fatigue de recommencer, d’expliquer encore, d’avoir l’impression de faire du sur-place, ou de reculer même.

On se décourage, on se dit que les jeunes prendront la relève, que notre part est faite. Mais la vérité, c’est qu’une société ne peut pas juste reposer sur sa jeunesse. Les vrais changements se font quand toutes les générations tiennent le drapeau ensemble, peu importe l’année inscrite sur leur carte d’assurance maladie.

Ce que j’admire, c’est ceux et celles qui ne se sont jamais assis sur leur chaise de spectateur. Qui, à 20 ans comme à 70, trouvent encore l’énergie de se lever, de s’indigner, de signer des pétitions, de jaser avec leur voisin pour le convaincre. Ceux qui comprennent que les victoires sociales, ça se gagne rarement en deux semaines. Ça demande du temps, de l’éducation, de la patience… pis surtout, de pas se tanner à mi-chemin. Et l’humilité de continuer même après avoir subi des échecs.

On vit dans un monde où on veut tout, tout de suite. Si le changement n’arrive pas demain matin, on dit «fuck off» pis on retourne à nos petites vies sans faire de place aux combats lents et profonds. C’est pourtant dans la lenteur que les vraies révolutions peuvent naitre.

Le cynisme… J’en vois beaucoup s’en draper. Ça donne l’illusion d’être lucide mais en réalité, il nous empêche d’agir. Ça protège du désappointement, mais ça prive aussi de la satisfaction de contribuer à quelque chose de plus grand.

Vieillir, c’est pas une excuse pour se retirer de la partie. C’est même une raison de plus pour rester debout. On a l’expérience, la mémoire des échecs, la lucidité qui aide à éviter certains pièges. Et quand on met ça au service d’un combat, ça devient une force redoutable.

Alors, à ceux qui répondent encore présents après toutes ces années: merci. Vous me rappelez que le vrai courage, c’est pas juste de se lancer dans une bataille… C’est d’y rester, même quand on sait que la victoire est incertaine ou qu’elle prendra toute une vie. C’est d’une grande noblesse de rester fidèle à sa cause.

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