Quand se mettre aux normes devient un chemin de croix

Serge Tremblay
Quand se mettre aux normes devient un chemin de croix
Le maire de Saint-Edmond-les-Plaines, Rodrigue Cantin, estime que les exigences de Québec sont tout simplement trop complexes pour les petites municipalités dont les ressources sont limitées. (Photo : TRIUM MÉDIAS - Serge Tremblay)

Les petites municipalités font les frais des exigences toujours plus grandes du gouvernement du Québec. C’est ce qu’affirme le maire de Saint-Edmond-les-Plaines, Rodrigue Cantin, qui a de la difficulté à voir la lumière au bout du tunnel pour le projet d’assainissement des eaux de sa localité.

Sa municipalité tente de se mettre aux normes dans le traitement de ses eaux usées, mais c’est un casse-tête qui n’en finit plus. Les démarches pour ce projet de plus de 2 M$ ont été entreprises autour de 2015, mais de nouvelles exigences et des délais additionnels viennent constamment changer la donne.

« Lors des dernières élections, j’avais décidé de me représenter pour mener jusqu’au bout les gros dossiers que l’on avait commencés, dont l’assainissement des eaux. J’en suis à me demander si je vais réussir à en voir le bout avant la fin de ce mandat! », lance le maire Cantin.

Chronophage

Celui-ci explique que la municipalité a mis aux bas mots trois ans avant de réussir à faire approuver les plans et devis. La localité a dû négocier avec un producteur agricole pour acquérir l’espace nécessaire pour y installer son bassin, ce qui a nécessité des délais de traitement d’environ plusieurs mois avec la Commission de protection du territoire agricole du Québec.

« Tout était prêt et à la dernière minute, le ministère nous revient pour nous dire que le bassin est finalement trop petit. Il faut encore recommencer, renégocier avec notre agriculteur, retourner voir notre ingénieur. Ça nous force à dépenser des sous constamment, ce n’est pas facile pour une petite paroisse de 400 habitants. »

Ressources

Rodrigue Cantin ne conteste pas l’importance de respecter l’environnement et d’améliorer la qualité des installations municipales, mais il estime que les petites municipalités n’ont pas assez de ressource pour manœuvrer efficacement dans les dédales des ministères et de leurs exigences.

« Nous, on a juste une directrice générale. On n’a pas d’ingénieur et de professionnels. Ça commence à être exagéré tout ce que l’on nous demande et au bout de la course, ce sont toujours des coûts que l’on doit payer. »

« Ce qui est choquant, c’est que l’on essaye d’avancer et les normes changent en cours de route ou alors on se retrouve pris avec des exigences conçues pour d’autres endroits qui sont appliquées mur à mur. Ce n’est pas évident », ajoute-t-il.

Pas que du négatif à Saint-Edmond : Faire confiance à ses citoyens… ça marche!

Parallèlement à son projet de mise aux normes de ses installations d’assainissement des eaux usées, la municipalité de Saint-Edmond-les-Plaines a demandé à ses résidents ruraux dotés de fosses septiques de se conformer. Plutôt que d’obliger, les élus ont décidé de faire confiance aux gens, une approche qui a donné des résultats.

« Nous avons demandé à nos ruraux de se conformer. On n’a pas adopté de règlement pour les obliger, puisque ça crée du mécontentement. On a plutôt misé sur la confiance et le sens des responsabilités de nos citoyens et on a eu une réponse extraordinaire », affirme le maire, Rodrigue Cantin.

Les citoyens dont les installations étaient déjà conformes ont pu simplement en faire la preuve à la municipalité et les autres ont été nombreux à entreprendre les travaux nécessaires.

« À l’heure actuelle, on a délivré une trentaine de permis et on constate que 65% des résidences sont conformes. Aucune infraction n’a été donnée, il n’y a pas eu de mécontentement et on comprend aussi que ce n’est pas tout le monde qui dispose à court terme de l’argent nécessaire, alors on ne met pas de pression. Les gens se sont pris en main, je suis très fier de mes citoyens. »

Quel avenir pour les petites localités rurales?

Bien que les petites localités rurales luttent fort contre la dévitalisation, la pente à remonter est souvent abrupte. L’avenir passera sans doute par des échanges de service plus soutenus, croit le maire Rodrigue Cantin.

« Avec tout ce que l’on nous demande, c’est évident que les petites municipalités n’ont pas les moyens de tout faire ça toutes seules. Ça va passer par les échanges de services et de ressources, un peu comme on l’a fait avec la Régie des incendies dans le secteur GÉANT. »

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre où les travailleurs sont très mobiles, difficile de les retenir avec une offre de travail à temps partiel. Le regroupement de plusieurs municipalités pour offrir du temps plein semble la meilleure voie à explorer.

À Saint-Edmond-les-Plaines, le maire Cantin ne sait pas de quoi l’avenir sera fait, mais demeure optimiste malgré les défis.

« Il y a 4 ou 5 ans, Saint-Edmond avait été identifiée comme la municipalité la plus vieillissante de la MRC. Quand les gens quittent avec l’âge pour se rapprocher des services, ça ouvre la place pour des jeunes et il y en a qui viennent. Avoir des enfants dans la municipalité, c’est ce que l’on souhaite. »

Actuellement, il n’y pas de résidence disponible pour la vente. Par contre, la municipalité est prête à donner le terrain pour une éventuelle construction. Il y a même déjà trois terrains de disponibles avec toutes les servitudes.

Qualité de vie

L’administration municipale tente d’offrir un cadre de vie intéressant à ses citoyens à la mesure de ses moyens. Entre autres, la localité est à investir dans un projet pour remettre à niveau son système de pompage pour l’eau potable.

« On aura maintenant un groupe électrogène pour prendre le relais en cas de panne. Actuellement, si jamais il y avait une grosse panne de quelques jours, on se retrouverait sans eau potable, c’est impensable de nos jours. »

La localité a aussi fait l’acquisition de l’édifice de l’ancienne Caisse Desjardins. On souhaiterait avoir un point de service de l’OMH pour le secteur Géant à cet endroit, mais des discussions doivent encore avoir lieu.

Ce qui est difficile, c’est l’entretien des rangs.

« On a 25 km de rang à entretenir et y va avec nos moyens. Les chemins sont vilains, on le sait, mais qu’est-ce que l’on peut faire? Si on enlève l’asphalte, c’est clair qu’il n’y en aura jamais plus, alors on aime autant conserver ce que l’on a. »

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