Culture

Temps de lecture : 3 min 23 s

Originaire de La Doré

Roger Langevin, une carrière artistique toujours bien vivante

Emmanuelle LeBlond
Le 02 janvier 2026 — Modifié à 23 h 40 min
Par Emmanuelle LeBlond - Journaliste

Déjà tout jeune, Roger Langevin avait le pressentiment qu’il serait un artiste plus tard. Et il ne s’est pas trompé. Celui qui est originaire de La Doré œuvre depuis 63 ans en sculpture, ayant réalisé au-delà de 100 œuvres monumentales présentes partout au Québec, ailleurs au Canada et à travers le monde.

Roger Langevin habite à Rimouski depuis quelques années. Malgré son horaire chargé, il a accepté de discuter au téléphone avec l’autrice de ces lignes afin de parler de ses réalisations, surtout, de partager ses souvenirs liés à sa région natale.

Il demeure profondément attaché au Lac-Saint-Jean, plus précisément à La Doré, où il est né.

Roger Langevin a développé sa fibre artistique dès son jeune âge. « Ma mère qui était couturière à l’époque recevait beaucoup de femmes à la maison. Elle faisait des robes. C’était l’époque des paillettes sur les robes. Ma mère disait qu’elle ne savait pas dessiner. J’avais l’âge de cinq ans et elle me demandait de faire des formes abstraites. Ma mère trouait ma ligne avec une épingle et mettait le papier sur le tissu. Elle mettait de la farine, enlevait le papier, ce qui donnait le motif. Elle cousait les paillettes », raconte-t-il.

Un peu plus tard, à l’âge de 11 ans, sa mère lui a demandé ce qu’il voulait faire dans la vie. « J’avais lu une bande dessinée sur un peintre français, Millet, qui a peint L’Angélus. J’ai pensé que ça pourrait être moi. Je m’étais identifié à ce personnage », se souvient-il.

À ce moment-là, il a répondu avec conviction à sa mère qu’il voulait être « le plus grand artiste du Canada ». « Ma mère avait reculé d’un pas et elle m’avait regardé avec admiration. Je m’en rappelle comme si c’était hier. »

Roger Langevin portait en lui ce désir de dépassement dès son jeune âge. « J’étais très compétitif. Trop d’ailleurs. Il fallait que j’arrive premier en classe. Il fallait que je sois le meilleur dans les sports. J’avais développé cet aspect de la compétition », dit celui qui a étudié aux Beaux-Arts.

Cette détermination lui a permis de s’imposer dans le milieu artistique. Roger Langevin a consacré 32 ans à l’enseignement et mène depuis maintenant plus de 60 ans une carrière artistique toujours bien active.

Du haut de ses 85 ans, Roger Langevin n’éprouve plus ce désir de compétition. Récemment, toutefois, il a fait une exception.

« Je ne participe jamais à des concours, sauf pour Dédé Fortin. J’ai accepté d’en faire un. Normalement, je fais mon œuvre en toute quiétude sans vouloir dépasser qui que ce soit », souligne celui qui considère son travail comme un amusement.

Hommage à Dédé Fortin

Un appel de projets a été lancé par la Société nationale des Québécoises et Québécois du Saguenay-Lac-Saint-Jean, visant la création d’une œuvre d’art public commémorative, soit une sculpture dédiée à Dédé Fortin pour être installée au parc du Centenaire à Normandin.

L’initiative visait à honorer la mémoire de Dédé Fortin, 25 ans après son décès, tout en célébrant son héritage artistique et l’impact qu’il a eu dans la région du Lac-Saint-Jean.

Roger Langevin a décidé de déposer sa candidature pour plusieurs raisons. « J’appréciais la pensée de Dédé Fortin. J’appréciais son énergie. J’appréciais aussi son discours politique. Son discours, dans ses chansons, contre la surconsommation. C’est surtout sa chanson La Rue Principale qui m’a beaucoup frappé. Comme il venait du Lac-Saint-Jean. J’ai cru que c’était à moi de le faire. C’était un peu comme un devoir. »

L’artiste-sculpteur avait aussi une motivation personnelle. « Dédé Fortin me faisait tellement penser à Gilbert, mon frère, le poète. Il était comme un jumeau pour moi, même s’il était plus âgé. J’ai connu une fraternité extraordinaire avec mon frère Gilbert Langevin. »

Ce n’était pas la première fois que Roger Langevin réalisait une œuvre à l’image d’une personnalité publique. Il a entre autres réalisé une sculpture de Félix Leclerc au parc La Fontaine ainsi qu’une de Danny Laferrière à la Grande Bibliothèque de Montréal. Et actuellement, il planche sur une sculpture de Victor-Lévis Beaulieu.

Roger Langevin a également réalisé l’effigie en bronze de son frère, affichée à la bibliothèque Gilbert-Langevin de La Doré.

Projet de fin de carrière

Le 25ᵉ anniversaire de la disparition de Dédé Fortin a inspiré l’artiste à concevoir un projet de fin de carrière ancré dans sa région natale, soit 14 sculptures différentes dans 14 villes sur le territoire.

« Dans un an par exemple, je pourrais proposer aux trois MRC une sculpture par village. Je travaille plus vite que la moyenne avec l’expérience que j’ai. J’ai un assistant à mes côtés qui est performant de façon extraordinaire. Un homme praticien qui est extrêmement vaillant. À deux, on réalise des œuvres à une rapidité qui n’a rien à voir avec la normalité. »

L’octogénaire souligne qu’il adorerait finir sa carrière au Lac-Saint-Jean, léguant une partie de son art à la région qu’il a « tant aimé ».

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