C’est déjà le début de 2026.
Rien que d’écrire cette phrase, j’en ai presque le vertige. Plus on vieillit, plus le temps file vite, me semble-t-il. Une question de perspective, sans doute, ou de relativité. Pas celle d’Einstein. Pas E=MC² sur la gravitation universelle. Une année, selon la perception de ma nièce Sophie, c’est long, c’est un treizième de sa vie, puisqu’elle a treize ans. Pour moi, ce n’est qu’un soixantième de ma vie, c’est très court.
Autre relativité qui m’a frappé il y a quelques jours, en regardant le téléjournal de Céline Galipeau. Elle présentait un reportage de Marie-Ève Bédard, en Syrie. Le sujet : le retour de citoyens syriens à Homs, un an après la chute de Bachar al-Assad. Le reportage dressait le portrait d’un père de famille de 45 ans. Veuf.
Revenu vivre dans son appartement avec ses deux fillettes en bas âge. Un appartement en ruine, sans électricité, sans eau courante. Le père, affaibli par des problèmes cardiaques non soignés, se débattait comme il le pouvait pour trouver un peu de nourriture, un peu de combustible, juste assez pour chauffer l’unique pièce encore habitable. Puis vînt la pause publicitaire.
La pub suivante vantait une promotion sur des lumières de Noël. Vous savez, celles qui encerclent généreusement toute la maison, qui transforment la cour en piste d’atterrissage pour le Père Noël. Les maisons choisies pour la pub étaient, bien sûr, de la classe moyenne élevée : deux étages, volets noirs, double garage. Le style Nouvelle-Angleterre. Je me suis surpris à penser que le seul coût de ces lumières — sans parler de la facture d’électricité — pourrait probablement faire vivre la petite famille syrienne pendant plusieurs mois. Peut-être plus. Pour nous, s’offrir un tel jeu de lumières est une bagatelle, pour l’homme de Homs, c’est un luxe superflus et inabordable.
Autre exemple de relativité : l’habitation. J’ai un cousin qui vit à Brooklyn, juste de l’autre côté de Manhattan. Il a une excellente situation professionnelle, gagne très bien sa vie. Son appartement est très bien, mais peu ostentatoire : un bon vieux 5 ½, dans un immeuble de briques centenaire de trois étages, plein de charme. Un appartement qui coûte là-bas, une fortune. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que lorsque je marche près de chez moi, je passe devant une coopérative d’habitation, Sous Mon Toit, sur du Roi-Georges. Ici, ce sont des logements dits « modestes », des apparts abordables et communautaires, occupés par des gens à faible revenu. Mais honnêtement, ces mêmes appartements de Jonquière — mêmes dimensions, même immeuble, même briques — à Brooklyn, seraient considérés comme des logements de riches. Tout est relatif.
Je vois passer sur les réseaux sociaux, à tous les jours, des messages « d’amis » qui se plaignent que le sport-études coûte cher, que l’électricité est en hausse (alors que les Québécois en paient une fraction du prix et en dépensent sans compter), que la viande est rendue hors de prix, sans parler du coût d’une voiture, d’un équipement de ski, d’une motoneige. De gros problèmes pour nous qui sembleraient pourtant insignifiants pour des milliards d’humains sur Terre, vivant sans électricité ni eau courante.
La richesse. La pauvreté. Le confort. Le manque. Le temps qui passe. La vraie théorie de la relativité, celle qui nous concerne le plus, n’est pas écrite dans les livres de physique. Je nous souhaite tous que, collectivement, nous soyons, cette année, en mesure d’apprécier un peu plus ce que nous avons, et profiter du temps qui passe. Allez, santé tout le monde et bon début d’année 2026.