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Laurie Marois à cœur ouvert

Quand la passion mène à l’épuisement

Le 13 août 2026 — Modifié à 11 h 23 min le 12 août 2026
Par Emmanuelle LeBlond - Journaliste de l'initiative de journalisme local (IJL)

Parfois, sans qu’on s’en rende compte, le train prend de la vitesse. Les projets s’accumulent, les succès s’enchaînent et le rythme devient effréné. Puis vient un moment où la machine ne suit plus. L’artiste peintre originaire de Normandin Laurie Marois l’a appris à ses dépens lorsqu’un épuisement professionnel l’a contrainte à freiner.

28 juillet 2026. Laurie Marois accueille l’autrice de ces lignes chez ses parents, à Saint-Félicien, en cette lumineuse journée d’été. Le soleil brille généreusement, la chaleur est douce et enveloppante. Tout évoque ces journées de vacances paisibles que l’on souhaiterait voir durer.

Fidèle à elle-même, Laurie rayonne elle aussi. Elle propose à son invitée de prendre place dans le gazebo de bois qui surplombe les rives de l’Ashuapmushuan. Au loin, son mari et leurs deux enfants profitent de la rivière à bord d’un pédalo. L’atmosphère est légère, sereine.

Pourtant, derrière ce sourire se cache une année marquée par les épreuves. L’artiste peintre a traversé une succession de hauts et de bas. Aujourd’hui, elle va mieux, même si le processus de guérison est toujours en cours.

« L’inspiration est revenue à 100 %. Ce n’est pas un problème. Mes capacités cognitives, ma concentration et ma mémoire ont encore de la difficulté à suivre. Ça revient, mais très progressivement », exprime-t-elle.

En mars dernier, Laurie a reçu un diagnostic d’épuisement professionnel, un moment charnière qui l’a obligée à ralentir. Et surtout, à prendre du recul.

Ascension fulgurante

Laurie le reconnaît : son parcours professionnel sort de l’ordinaire. Rien ne la prédestinait à devenir l’artiste reconnue qu’elle est aujourd’hui. Après avoir obtenu un diplôme en enseignement des arts à l’Université du Québec à Chicoutimi, celle qui est originaire de Normandin s’est installée à Québec dans l’intention d’exercer cette profession.

Malgré ses nombreux engagements, elle continuait de peindre pour le simple plaisir. Peu à peu, cette passion a pris une place grandissante dans sa vie, jusqu’à ce qu’elle décide de s’y consacrer entièrement, il y a une dizaine d’années.

Laurie a été happée par le tourbillon de la vie d’artiste. « J’ai connu une ascension fulgurante au début. À mon premier symposium à Hébertville, je détonais. Personne ne faisait des animaux dans ce temps-là. J’ai tout vendu », se souvient-elle.

En l’espace de trois ans, sa présence sur les réseaux sociaux, ses ventes et la demande pour ses œuvres ont explosé. Tout s’est enchaîné à un rythme effréné.

« D’un côté, je continuais à travailler pour ne pas perdre ce que j’avais entre les mains. Je voyais que j’avais du succès. De l’autre côté, je ne savais pas où ça allait me mener. Chaque étape que je franchissais, je réussissais à atteindre mes objectifs et encore plus. »

L’artiste peintre ne pouvait s’empêcher de se sentir privilégiée et reconnaissante de l’accueil de son travail.

Pression des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux offrent une grande visibilité, ce qui n’est pas négligeable pour un artiste. Or, cette exposition a aussi son revers : la nécessité d’alimenter continuellement les diverses plateformes.

« Tu tombes non seulement dans la création d’œuvres d’art, mais la création de contenu. C’est un facteur qui m’a mené à l’épuisement », soutient Laurie Marois.

Pour capter l’attention du public, il faut constamment réfléchir à une façon de présenter ses créations de façon originale et différente.

« Dans une semaine, il y a le moment où il faut que tu crées. Le moment où il faut que tu te mettes en scène, que tu fasses tes publications, tes photos et ton montage. Ça prend quand même une structure tout ça. C’est une image de marque. En tant qu’artiste, c’est devenu envahissant », explique-t-elle.

L’hyperdisponibilité qu’entraînent les réseaux sociaux a également contribué à alourdir la pression.

Signaux d’alarme

Il a fallu un certain temps avant que Laurie prenne conscience qu’elle souffrait d’un épuisement professionnel. « Pour moi, un épuisement n’était pas une possibilité parce que j’étais une passionnée. Je m’étais enfermée dans l’idée qu’une passion ne pouvait pas nous amener un épuisement. »

Quelques signaux d’alarme lui ont toutefois indiqué que quelque chose n’allait pas. Par exemple, elle ne ressentait pas l’enthousiasme habituel à l’idée d’exposer à Marseille, en France. Un détail qui contrastait avec son tempérament. De même, lors d’un voyage au Mexique, l’inspiration n’était pas au rendez-vous.

C’est en avril dernier que Laurie a annoncé à sa communauté qu’elle allait prendre un moment d’arrêt, question de reprendre son souffle.

Retrouver ses repères

Immédiatement, Laurie a été habitée par un vertige. « J’ai vécu une perte de repères. Mon identité était reliée à mon travail. Je n’étais plus Laurie. J’étais l’artiste peintre. Tout était entremêlé. Je m’identifiais tellement à ce rôle que j’ai perdu de vue qui j’étais. »

Cette dernière a profité du premier mois pour recharger ses batteries. Elle a renoué avec le moment présent, ce qui lui a fait le plus grand bien.

Au fil du temps, Laurie a renoué avec le plaisir de créer, à son rythme.

« Au 40e jour, je me suis levée un matin. J’avais envie de peindre. Mon chum est allé porter les enfants. Il est revenu à la maison et j’avais mis mon linge de peinture. Je voulais voir si j’aimais encore ça. J’ai été dans mon atelier. Ça a duré trois heures. Cette journée-là, j’ai compris que ça revenait », raconte-t-elle.

De nouvelles œuvres ont vu le jour, différentes des précédentes, mais gardant toujours l’essence et la signature visuelle de l’artiste. « L’image que j’avais de moi a été fragmentée, brisée. Je me disais, le meilleur moyen de représenter ça dans un tableau est de faire comme si un miroir se brisait. »

De là est né l’œuvre Entre les fissures le temps se dessine. Un nouveau chapitre s’amorçait.

Nouveau départ

Laurie Marois a récemment annoncé qu’elle reprenait graduellement la création. Elle a décidé de poser ses propres balises pour que son retour se fasse dans le respect de son rythme.

Désormais, ses œuvres sont offertes exclusivement sur son site Web. Les amateurs qui souhaitent découvrir ses nouvelles créations en primeur peuvent également s’abonner à sa nouvelle infolettre.

L’artiste peintre a par ailleurs choisi d’annuler tous les événements auxquels elle devait participer cette année. Une décision réfléchie qui lui permettra de consacrer toute son énergie à la création, dans le calme de son atelier.

Cette dernière entrevoit l’avenir avec optimisme. Laurie est emballée par les prochaines œuvres qui verront le jour. Elle envisage la suite de sa carrière avec enthousiasme, tout en restant à l’écoute de ses limites.

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