Économie

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Guerre commerciale

Le secteur métallurgique québécois demeure sous pression

Le 04 juin 2026 — Modifié à 07 h 28 min le 03 juin 2026
Par Émile Boudreau - Journaliste

Selon un nouveau rapport publié conjointement par l’Institut du Québec (IDQ) et le Comité sectoriel de main-d’œuvre de la métallurgie du Québec (CSMO-M), l’industrie métallurgique québécoise a connu d’importants reculs face aux effets durables de la guerre commerciale avec les États-Unis.

Le rapport indique que l’imposition de tarifs de 50 % sur l’aluminium, le cuivre et l’acier par le voisin du Sud ont provoqué une chute du volume des exportations métallurgiques de 36 %, entraînant une baisse de 3,6 % de l’emploi dans le secteur, après plusieurs années de croissance soutenue.

L’acier particulièrement touché

Toutes les filières ne sont pas affectées de la même manière. Le rapport souligne que l’industrie de l’acier et des fonderies est la plus durement frappée. La forte capacité de production locale aux États-Unis réduit les débouchés pour les producteurs québécois. Résultat : les exportations de produits semi-ouvrés, comme les barres, plaques et tôles de fer et d’acier, ont plongé de 51 % l’an dernier.

Du côté de l’aluminium et du cuivre, la situation est plus nuancée. Bien que les volumes exportés aient également reculé, la hausse des prix mondiaux a permis d’en atténuer les impacts. Mais cette relative résilience pourrait être de courte durée : une nouvelle méthode de calcul des tarifs, entrée en vigueur en avril, pourrait encore aggraver la situation.

Une dépendance persistante au marché américain

Le rapport met en lumière la dépendance du Québec envers les marchés d’exportation, et plus particulièrement celui des États-Unis. La province produit environ une fois et demie plus de produits métallurgiques qu’elle n’en consomme.

Avant le conflit commercial, près de 90 % de la production était exportée vers les États-Unis. Malgré les perturbations récentes, cette dépendance demeure forte. Les efforts de diversification vers d’autres marchés, notamment en Europe et en Asie, ont permis d’augmenter les exportations de 1,1 milliard de dollars, mais cela n’a pas suffi à compenser la perte de 2 milliards de dollars du côté américain.

Certains espoirs reposent toutefois sur les investissements publics au Canada, en particulier dans le secteur de la défense, qui pourraient stimuler la demande intérieure. Mais les retombées demeurent incertaines.

« Les retombées réelles dépendront de deux facteurs : la part des investissements qui ira aux entreprises d’ici, et si ces entreprises s’approvisionnent principalement en métaux québécois ou non. Et là encore, cela dépendra de la taille des contrats et de la capacité des fournisseurs locaux à répondre aux exigences techniques pour ces grands contrats publics. », explique Emna Braham, présidente-directrice générale de l'IDQ.

L’innovation comme voie de salut

Face à ces défis, le rapport plaide pour une transformation en profondeur du secteur. Diversification des marchés et des produits, montée en gamme, innovation : autant de leviers jugés essentiels pour renforcer la résilience de l’industrie qui doit faire face à une concurrence accrue de nouveaux joueurs internationaux.

Dans le cas de l’aluminium, où le Québec bénéficie déjà d’un positionnement solide, le rapport recommande de consolider ce leadership par le développement de nouveaux alliages et de produits spécialisés, ainsi que par la transformation et la fabrication de ceux-ci.

Mais cette transition ne pourra se faire sans un investissement important dans le capital humain. Le rapport insiste sur la nécessité de former une main-d’œuvre qualifiée et de renforcer les compétences en gestion du changement.

« Le développement des compétences devient un levier central de compétitivité et de résilience pour la métallurgie. Et cela met en évidence l’importance d’un dialogue social permettant d’anticiper les besoins de formation, d’accompagner les travailleurs dans l’évolution des métiers et de soutenir leur adaptation aux transformations du secteur. », a conclu Marie-France Charbonneau, directrice générale du CSMO-M.

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