Chroniques

Temps de lecture : 2 min 10 s

Les vrais perdants, c’est nous.

Le 22 mai 2025 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

Quand on parle d’élections, on entend souvent « le droit de vote ». Je pense qu’on devrait plutôt parler du DEVOIR de vote. Parce que voter, ce n’est pas juste un privilège à utiliser quand ça nous tente. C’est une responsabilité. Comme faire sa déclaration d’impôts, mettre ses poubelles au chemin. Vie d’adulte. Ça vient avec.

Pourtant, lors des dernières élections, seulement 68,72 % des Canadiens ont voté. Ça veut dire que presqu’un Canadien sur trois n’a pas pris ce devoir au sérieux. Ça fait beaucoup de monde qui laisse aux autres le soin de décider. Qu’est-ce que ça dit sur la légitimité des résultats?

On a problème majeur : notre système électoral lui-même. Ce bon vieux uninominal à un tour, vestige poussiéreux de l’Empire britannique. (Tout aussi dépassé que cette visite de Charles III qui nous graciera de sa royale présence pour prononcer le discours du Trône le 27 mai. Ça goûte si bon, une bonne shot de féodalité. Au moins, ça donne du bon stock à Infoman.) 

Je vois un peu ce système comme un match de baseball, match où tu gagnes si tu marques le premier point, peu importe si l’autre équipe domine tous les autres aspects du jeu. Peu importe si tes joueurs frappent plus de coups sûrs ou volent plus de buts : si tu marques en premier, tu repars avec la victoire. C’est comme ça qu’on finit avec des gouvernements majoritaires élus avec moins de la moitié des voix et des partis entiers effacés du parlement malgré des centaines de milliers de votes. La majorité des électeurs peut littéralement se retrouver muselée dans les estrades à regarder la minorité se vider des barils de Gatorade sur le terrain pour célébrer leur belle victoire.

Mais, même dans ce système déficient, chaque vote compte. Si on regarde par exemple le cas de Terrebonne, où le dépouillement judiciaire a finalement donné la victoire à la candidate libérale par … Une seule voix! Une seule! Le Bloc lance maintenant une requête de contestation dans la circonscription. Imagine être une voix qui a décidé de rester chez elle. Je feelerais cheap, être une Terrebonienne qui n’aurait pas voté, du pouvoir que j’ai choisi de garder entre mes mains.

Il existe des systèmes électoraux qui rendent chaque vote plus significatif. Par exemple, en Allemagne, le système de représentation proportionnelle assure que les sièges au parlement reflètent vraiment les votes obtenus. L’Australie a compris le principe avec son système de vote préférentiel, où tu classes les candidats selon tes préférences, évitant que ta voix se perde complètement si ton choix initial ne passe pas le premier tour. (Quand le pays qui a déjà déclaré la guerre aux émeus comprend plus vite que toi, c’est peut-être le temps de réviser le plan de match.)

Je viens de visionner Les Perdants, un documentaire qu’on peut trouver gratuitement sur le site de l’ONF et qui décortique les failles du système électoral, allant des règles de financement inéquitables, à l’influence démesurée des sondages. Ce documentaire m’a mis en colère.

On vote contre quelque chose plutôt que pour. Et ça, ça tue l’espoir sur un moyen temps.

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