Chroniques

Temps de lecture : 1 min 55 s

Déniaiser le Québec

Le 05 décembre 2024 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

Janette Bertrand a déniaisé le Québec. Elle a plongé ses deux mains directement dans nos tabous pour en sortir des vérités crues, nécessaires, libératrices.

Elle a parlé d’amour, de sexe, d’homosexualité, de violence conjugale, de santé mentale… Pis les Québécois, collectivement, on a grandi. On a grandi sous son oeil bienveillant, jamais complaisant, un oeil qui disait : « on peut faire mieux. On doit faire mieux. »

Elle aura bientôt 100 ans, notre Janette. Cent ans, pensez-y deux secondes ! Ça fait une vie qu’elle ouvre des portes pis qu’elle bouscule les idées. Qu’elle illumine les coins sombres qu’on ne voulait pas trop regarder.

Elle vieillit bien Janette. Comme ce Québec qu’elle a façonné. Égalité, diversité, inclusion, respect, c’est devenu dans notre ADN grâce à elle, et à d’autres qui ont suivi.

C’est pas parfait, il reste encore plusieurs retardataires à éduquer comme on l’a vu dans l’actualité récente. Mais, grâce à son exemple, si on est tous un peu plus Janette, on va décoller ce qui reste de préjugés un à un.

Quand on a la chance d’avoir grandi avec elle, on ne peut qu’être frappé par l’ampleur de son héritage. À se demander comment ça devait être, la vie, avant Janette. Je ne veux même pas y penser.

Des sujets qui sont évidents aujourd’hui mais qu’en 60, 70, 80, 90… Ça prenait du front pour en parler, dans une société pas toujours prête à entendre.

À ceux qui n’ont pas connu L’amour avec un grand A, vous ne le savez peut-être pas, mais ça vous manque. C’était un théâtre social et une leçon d’empathie extrême, chaque épisode nous déshabillait de nos préjugés pour nous vêtir d’un peu plus de compréhension.

J’ai encore de façon très nette en tête un Mario Saint-Amand atteint de schizophrénie, une Sylvie Léonard en victime violence conjugale dans un épisode excessivement difficile à regarder, L’amour qui tue, un jeune Marc Labrèche dans une relation père-fils dysfonctionnelle fois mille, une Élyse Guilbault désemparée qui se fait harceler sexuellement au travail par un Denis Bouchard qui est à des années-lumière de son Lulu de Lance et Compte…

Ces dramatiques devraient faire partie de la programmation récurrente de Télé Québec, un ciné-cadeau qu’on s’offrirait pour devenir tous un peu moins cons. Je vous jure que j’ai rien contre Astérix et Cléopâtre mais tsé, vous voyez ce que je veux dire.

Sincèrement, je ne voudrais vivre nulle part ailleurs qu’au Québec, et c’est en grande partie parce que Janette en a fait une société incomparable dans le monde.

Et, en signant cette chronique, j’ai une pensée infiniment reconnaissante pour celle qui, il y a quelques décennies, devait emprunter la signature de son mari pour être publiée.

Quelle ironie pour une femme qui a appris à des millions à signer leurs propres vies.

Merci, Janette. Merci pour tout.

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