Malgré les résultats positifs observés sur le terrain, l'organisme Toxic-Actions s'inquiète de l'avenir du programme TAPAJ (Travail Alternatif Payé À la Journée). En l'absence d'un financement récurrent et prévisible, cette initiative destinée aux personnes en situation de grande précarité pourrait voir sa pérennité compromise dans un contexte où l'itinérance et l'exclusion sociale sont en hausse au Québec.
Depuis plus de 25 ans, le programme TAPAJ fait ses preuves comme approche de réduction des méfaits favorisant l'inclusion sociale et la santé globale des personnes participantes. Il permet à des personnes éloignées des services et du marché de l'emploi de réaliser des plateaux de travail rémunérés, dans un environnement sécuritaire, accueillant et exempt de jugement.
À Dolbeau-Mistassini, les intervenants de Toxic-Actions constatent des retombées concrètes sur le terrain. Le programme contribue à briser l'isolement, à renforcer l'estime de soi et le retour vers une santé globale, tout en favorisant le développement de liens significatifs avec les ressources du milieu. TAPAJ agit ainsi comme un véritable pont vers les services de santé, les ressources communautaires et l'inclusion sociale.
Selon les données du Réseau TAPAJ Québec datant de fin 2023, 60 % des personnes participantes atteignent ou dépassent leurs objectifs après seulement trois mois de participation, et cette proportion atteint 75 % après un an.
Malgré ces résultats probants, l'avenir du programme demeure incertain. La majorité des organismes porteurs du réseau doivent composer avec des ententes de financement limitées à deux ou trois ans, ce qui complique et met en péril la planification des activités, le maintien des équipes d'intervention et le développement de partenariats durables avec les employeurs.
C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à l'organisme Toxic-Actions en 2024 : en raison des retards dans les réponses aux demandes de financement, la coordonnatrice qui avait mis sur pied le programme TAPAJ à Dolbeau-Mistassini a dû quitter ses fonctions face à l'incertitude quant à son avenir professionnel. Ces enjeux de financement ont également plongé le programme dans une précarité telle que les services ont failli être interrompus, illustrant concrètement l'impact de ce manque de prévisibilité financière.
« Sur le terrain, nous constatons chaque jour à quel point les besoins sont réels et grandissants. Les personnes que nous rejoignons vivent souvent des situations complexes marquées par la grande précarité, l'instabilité et l'isolement. À Toxic-Actions, nous ne nous contentons pas de répondre aux besoins existants : nous écoutons les réalités vécues afin de développer des solutions adaptées et innovantes pour notre communauté », mentionne Anick Duchesne, directrice générale adjointe et directrice générale par intérim de Toxic-Actions.
« Dans un contexte où l'itinérance se fait maintenant sentir de plus en plus à Dolbeau-Mistassini comme partout ailleurs au Québec, il est essentiel d'assurer un financement durable à des programmes qui démontrent concrètement leur impact. Nous ne pouvons pas nous permettre de fragiliser des services qui changent des trajectoires de vie et qui renforcent nos communautés », affirme-t-elle.
Depuis ses tout débuts, le programme TAPAJ a rejoint près de 200 personnes en situation de grande précarité dans le secteur de Dolbeau-Mistassini, et ces chiffres ne comptent pas toutes les autres personnes que nous pourrions rejoindre ailleurs dans la MRC si nous avions le financement suffisant pour élargir notre territoire, ajoute-t-elle.
Pour Toxic-Actions, la pérennisation du financement de TAPAJ représente un investissement essentiel dans la santé, la cohésion sociale et la prévention de l'exclusion. Sans stabilité financière, ce sont les personnes les plus vulnérables qui risquent de perdre un soutien déterminant dans leur parcours.