Trois ans après l’entrée en vigueur du règlement québécois interdisant les saveurs dans les produits de vapotage, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac estime que le gouvernement du Québec doit aller plus loin pour freiner ce qu’elle qualifie de crise persistante du vapotage chez les jeunes.
Selon les données de 2026 de l’Enquête québécoise sur le cannabis de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), 14,5 % des jeunes âgés de 15 à 17 ans et 20 % des 18 à 20 ans vapotent régulièrement. Parmi eux, entre 40 % et 50 % utilisent ces produits quotidiennement. La Coalition souligne également que 77 % des personnes qui vapotent consomment des saveurs pourtant interdites au Québec.
L’organisme s’inquiète aussi de l’accès des mineurs à ces produits. L’enquête de l’ISQ souligne qu’un vapoteur de 15 à 17 ans sur cinq s’approvisionnerait habituellement dans une boutique spécialisée ou un dépanneur. D’autres obtiennent leurs produits par l’intermédiaire de tierces personnes qui fréquentent ces mêmes points de vente.
« Le Québec a tout intérêt à améliorer la conformité en s'attardant autant à l'industrie légale qui s'adonne à des ventes illégales qu'au marché carrément illégal, », a déclaré Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.
Dans une lettre transmise le 29 octobre à la nouvelle ministre de la Santé et députée de Chicoutimi, Marie-Karlynn Laflamme, la Coalition a réitéré plusieurs recommandations visant à renforcer l’encadrement des produits de vapotage. Elle propose notamment d’interdire la vente des rehausseurs de saveurs, de créer un système de permis pour la fabrication, le transport, la distribution et la vente des produits de vapotage, ainsi que de les assujettir à la Loi concernant l’impôt sur le tabac. L’organisme recommande également la saisie systématique des produits soupçonnés de contrevenir aux lois et règlements provinciaux ou fédéraux.
L’organisme souhaite également rencontrer la ministre afin de lui présenter ses constats et arguments en faveur de la bonification de l’encadrement des produits de vapotage au Québec.
« Malgré certaines indications voulant que le vapotage chez les jeunes ait diminué à la suite de l'interdiction provinciale des saveurs, le contournement éhonté par l'industrie continue de limiter les impacts bénéfiques de cette mesure. Il est temps que le gouvernement cesse de miser uniquement sur les poursuites pénales qui nécessitent énormément de temps et d'investissement et dont les résultats et impacts se font encore attendre - trois ans après l'entrée en vigueur de l'interdiction. La non-conformité répandue doit plutôt faire appel à des modifications administratives, réglementaires et législatives, comme des sanctions administratives plus simples et dissuasives et la révocation potentielle de permis de vente. Un tel système de permis existe déjà dans plusieurs provinces, » explique la porte-parole.
Selon elle, le problème du vapotage chez les jeunes est « criant », et la « non-conformité » observée au Québec est le symptôme d'une industrie globalement « irresponsable et délinquante ».
« Nous espérons que la ministre reconnaîtra que les demandes des groupes de santé avancent des mesures simples et raisonnables pour contrer ce phénomène, reprenant ou bâtissant sur ce qui existe déjà ailleurs. Le déclin du tabagisme chez les enfants et adolescents est une victoire incontestable, mais la crise du vapotage chez les jeunes persiste. », souligne-t-elle, concluant qu’il importe de moderniser les approches pour assurer une protection efficace des jeunes Québécois contre la dépendance à la nicotine.
La Coalition attend d’ailleurs toujours l’issue des procédures judiciaires intentées contre certaines entreprises et commerçants accusés de ne pas respecter la réglementation. Elle continue également de réclamer au gouvernement fédéral des mesures supplémentaires qui permettraient, selon elle, de s’attaquer à une part importante du problème.
