Michel Jean est attaché à Mashteuiatsh et la communauté le lui rend bien. C’est ce qu’a démontré l’accueil chaleureux réservé à l’auteur lors du lancement de son plus récent livre, Nishim.
Lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, une foule de personnes se sont réunies au Musée ilnu de Mashteuiatsh. Enfants et aînés, Autochtones et allochtones : tous étaient rassemblés dans un même élan, celui de découvrir l’univers de Michel Jean.
« C’est spécial de se retrouver ici, a confié l’écrivain d’origine innue. Je n’ai pas l’habitude de faire beaucoup de lancements. J’en avait fait un ici pour Kukum en 2019. Je disais alors que ce n’était pas seulement mon histoire que j’écrivais, mais aussi celle de la communauté. Je trouvais important de la présenter aux gens de Mashteuiatsh avant de la présenter au reste du Québec. »
À plusieurs reprises durant la soirée, Michel Jean a rappelé que ce lancement représentait avant tout un cadeau pour lui. Mashteuiatsh occupe une place particulière dans son cœur.
« J’ai beaucoup écrit sur Mashteuiatsh. C’est parce que j’aime la communauté, la façon dont les gens sont, notre histoire. Pour moi, c’était une manière de la mettre en lumière. »
L’auteur entretient également des souvenirs personnels liés à la communauté.
« Je venais quand j’étais jeune. Ma mère nous amenait à Mashteuiatsh de temps en temps. J’ai grandi avec les personnages de Kukum et de Nishim. J’ai connu Almanda. Elle est décédée quand j’avais 17 ans. On venait la voir. Je n’ai pas connu les autres. Dans ma famille, on en a tellement parlé que c’est comme la mythologie grecque. Quand j’étais jeune, pour moi, c’était des héros. »
« C’est pour ça que, lorsque j’ai commencé à écrire, j’étais attiré par ça. Ça a toujours fait partie de mon environnement, de ma famille. Pour moi, c’était précieux », ajoute-t-il.
Dans Nishim, Michel Jean renoue avec son histoire familiale à travers le destin de deux femmes, les petites-filles d’Almanda. Le roman plonge le lecteur dans le parcours de deux cousines, Jeannette et Claude, la mère de l’auteur.
« Jeannette est née en territoire. Elle a été envoyée au pensionnat de Fort George, puis à celui de Pointe-Bleue. Elle a vécu sa vie par la suite. Elle buvait de l’alcool, elle ne s’en cachait pas. Un jour, elle a tout arrêté. Elle a connu une forme de rédemption à travers la culture innue. »
L’autre protagoniste est Claude. « Ma mère est née à Alma, en ville. Pour les Autochtones nés en milieu urbain, il y avait d’autres défis. Ma mère m’a raconté, au fil de sa vie, beaucoup d’anecdotes et d’histoires qu’elle a vécues. Elles montrent à quel point ce n’était pas facile d’être la seule famille autochtone dans une ville tournée vers le progrès, où la forêt était surtout perçue comme ce qui alimentait une usine de papier. »
À travers ces deux trajectoires, l’auteur met en lumière différentes réalités de l’expérience innue, tout en abordant les thèmes du racisme et de la colonisation.
Des histoires qui voyagent
Enfant, Michel Jean rêvait de faire voyager ses livres outre-mer. Aujourd’hui, ce rêve est devenu réalité.
Récemment, l’écrivain participait à la Foire du livre de Göteborg, en Suède, où plusieurs rencontres l’ont marqué.
« Un jeune homme est venu me voir. Il avait lu Kukum. Il était ému. Il me disait que ce livre avait complètement changé sa vision des choses. La question des droits des peuples l’intéressait en raison de la situation des Samis, un peuple autochtone vivant dans le nord de la Scandinavie. »
Pour l’auteur, ces échanges démontrent toute la portée des histoires qu’il raconte.
« C’est fou de voir comment l’histoire que tu écris résonne chez les gens. Ça montre que nos histoires sont universelles et qu’elles ne sont pas de petites histoires. »
Michel Jean a également profité de l’occasion pour annoncer que Nishim paraîtra en France le 2 octobre. Une étape marquante dans sa carrière, puisque le roman devient le premier de ses ouvrages à intégrer la prestigieuse collection Cadre rouge des Éditions du Seuil.
Une reconnaissance dont l’auteur se réjouit.



