Chroniques

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Bienvenue à Gilead

Le 06 mars 2025 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

Dans La Servante écarlate, Margaret Atwood imaginait un monde dystopique où les femmes n’ont plus aucun contrôle sur leur propre corps. Leur unique rôle est de procréer sans droit de dire non. C’était une fiction écrite en 1985.

En 2025, cette dystopie semble vouloir devenir une réalité aux États-Unis. On force des femmes à mener à terme des grossesses qu’elles ne veulent pas, comme si leur corps appartenait à la société. Comme si elles n’étaient que des ventres sur pattes, leur volonté reléguée au troisième plan derrière le sacro-saint droit à la « vie » d’un fœtus et de bien-pensants.

Parlons de ces bien-pensants : ils sont où, lorsque l’enfant est né? Sont-ils là pour assurer des soins médicaux, un accès à l’éducation, un logement décent? Ben non. Leur indignation s’arrête à ras le col utérin. Après, débrouillez-vous les filles.

Au moment de lire ces lignes, en cet instant très précis de votre vie, êtes-vous dans les meilleures dispositions pour accueillir un enfant? Si une grossesse non planifiée survenait, le verriez-vous comme un cadeau du ciel? La question est non-genrée : assumeriez-vous une maternité ou une paternité non planifiées?

On demande aux femmes de mettre au monde des enfants non désirés. C’est difficile, élever des enfants, même quand ils sont souhaités. Imaginez les défis quand on n’en veut pas, quand pour une raison ou une autre on n’est pas dans les bonnes dispositions pour en accueillir un, maintenant.

J’en ai plein l’endomètre des débats sur la « validité » d’un avortement. Mais si la femme a été violée? Mais si l’enfant risque d’être handicapé? Si elle est trop jeune, trop pauvre, trop ceci, pas assez cela? Pourquoi la raison « je n’en veux pas » ne suffirait-elle pas?

C’est assez simple en fait. Tu es contre l’avortement? Parfait, ne te fais pas avorter toi, et laisse le soin aux autres de prendre cette décision qui, finalement, ne les concerne qu’elles. 

Ce qui se passe dans plusieurs états américains, à l’heure actuelle, c’est que non seulement l’avortement est devenu illégal, mais qu’une femme peut être sujette à un interrogatoire, voire à l’ouverture d’une enquête pouvant mener à des poursuites, si elle fait une fausse-couche et qu’il est déterminé qu’elle a « couru après ».

« Your body, my choice », c’est devenu un vrai mouvement. Pis ça me fait peur.

En passant, les frères Tate, qui font face à des accusations de trafic humain et de viols et qui étaient détenus en Roumanie depuis 2022 sont de retour en sol américain depuis la semaine dernière, après que leur interdiction de voyage ait été levée. Influenceurs misogynes et populaires, on leur doit des phrases comme : "Les femmes doivent être protégées de leurs propres impulsions irrationnelles. Elles ont besoin des conseils et de la discipline de la part des hommes pour les garder dans le droit chemin."

Beaucoup d’éléments convergent pour annoncer un recul historique pour les femmes. Rien n’est acquis en matière de droits humains, et jamais je n’aurais cru qu’en 2025 on serait aussi à risque de perdre ces acquis fondamentaux.

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