Alcan: Rio Tinto nous fait le « coup du kangourou »

Alcan: Rio Tinto nous fait le « coup du kangourou »
Rio Tinto délaisse le nom Alcan.

HISTOIRE. En relation avec le caractère anglo-australien de la compagnie-mère Rio Tinto, j’aurais presque le goût de dire que Rio Tinto nous sert le « coup du kangourou » avec sa décision de reléguer aux oubliettes le nom Alcan de son appellation.

Et vlan pour l’histoire. Et vlan pour tout le potentiel qu’Alcan a apporté à Rio Tinto pour la croissance de sa division aluminium au moment où, en 2007, elle faisait l’acquisition de la multinationale canadienne avec la promesse de maintenir le siège social à Montréal et le nom Alcan dans son appellation pour lui conserver tout son caractère d’origine.

Au fil du temps, le siège social d’Alcan a perdu deux directions, celle de la division bauxite et alumine, qui est maintenant située à Brisbane, en Australie, et celle des relations avec les investisseurs, qui est à Londres, en Angleterre.

On pourrait croire que la présence de la québécoise Jacynthe Côté à la direction de la division aluminium de Rio Tinto était un rempart contre le changement. L’arrivée en poste l’an dernier du nouveau patron, Alfredo Barrios, chef de la direction Aluminium de Rio Tinto, a changé la vision des choses.

« Ce changement vise à nous aligner sur les autres groupes de produits de Rio Tinto et à refléter le fait que nous sommes une partie intégrante du Groupe Rio Tinto élargi », soutient Alfredo Barrios pour expliquer le changement de cap.

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L’histoire s’écrit, mais ne s’efface pas.

Certes, Rio Tinto aussi a de l’histoire… et elle n’est pas toujours séduisante.

En 1873, la compagnie anglaise Rio-Tinto naissait dans la controverse, en pleine guerre civile espagnole, en faisant l’acquisition d’une mine de cuivre près de la rivière Rio-Tinto, dans le Sud de l’Espagne. Rio Tinto, la rivière teintée de rouge en raison de la présence de métaux ferreux dans le secteur. Pour plusieurs, cette teinte de rouge de l’eau, c’est aussi la couleur du sang.

Plus noble comme histoire, en 1902, la compagnie Pittsburg Reduction Co. fonde la Northern Aluminum Company pour gérer, acquérir et bâtir des installations de fabrication d’alliages au Canada.

En 1903, la compagnie Pittsburg Reduction adopte le nom d’Aluminum Co. of America (ALCOA).

En 1920, Aluminum Company of America raffermit sa présence au Canada et à travers le monde.

En 1925, Northern Aluminum Company adopte le nom d’Aluminum Company of Canada. Mise en chantier de l’usine d’électrolyse d’Arvida.

En 1926, construction de la ville d’Arvida. Le 27 juillet, première coulée d’aluminium à l’usine Arvida alors d’une capacité de 232 000 TM.

En 1928, constitution de la compagnie Aluminium Limited avec siège social à Montréal pour prendre le contrôle de la plupart des actifs de l’Aluminum Company of America Alcoa situés en dehors des États-Unis; cette décision est le résultat de la politique tarifaire du Commonwealth britannique

Finalement, en 1966, la compagnie Aluminum Ltd adopte le nom de Alcan Aluminium Limitée / Alcan Aluminum Limited.

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Dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean, plus précisément, le nom Alcan est tatoué dans la roche et le béton des barrages qui harnachent les rivières Péribonka et Saguenay où l’on retrouve les centrales hydroélectriques qui ont tant contribué au développement économique de la région.

Le paysage est marqué par l’empreinte physique et environnemental des usines Alma, Laterrière et La Baie et de l’immense Complexe Jonquière.

Des centaines de milliers de travailleurs ont œuvré pour Alcan depuis la construction de la première usine à Arvida, en 1925.

Alcan a fait vivre ces dizaines de milliers de familles et a jalonné l’histoire de la région depuis son arrivée ici.

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Mon cœur de Bleuet accepte mal la disparition du mot Alcan.

Mon cœur de journaliste cependant sait qu’il subsistera encore pendant des décennies.

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