L’incendie qui emporta la plus grande et belle église de la région !

L’incendie qui emporta la plus grande et belle église de la région !

Carte postale - La rue principale de Normandin au début du siècle dernier. Source: Société historique du Saguenay, SHS-P002,S7,P00854-01

Le 6 janvier 1974, Normandin. Le village entier se lève en plein cauchemar éveillé. Leur église est la proie des flammes et de toute évidence, rien ni personne ne pourra la sauver…

Les gens regardent la scène, éberlués. Ils ne peuvent pas imaginer que ce joyau régional va tomber.

En matinée, le premier clocher tombe, puis le second. C’est la fin. La fin d’une église qui faisait la fierté du village. Une magnifique carte de visite, bondée de souvenirs et d’événements, heureux ou malheureux.

Un temple, plus qu’une simple église

Plusieurs, de la jeune génération, ignorent même qu’un tel bâtiment ait pu exister dans la région. Évidemment, le désintéressement de la chose religieuse y est pour beaucoup.

Toutefois, au regard de notre histoire, elle aura été, le temps de son existence, le lieu de culte le plus impressionnant de la région.

Vue aérienne de Normandin et de l’église. Elle dominait complètement le paysage.
Source: Société historique Maria-Chapdelaine.

D’une grandeur de 228 pieds de profondeur, sur 122 pieds de largeur, ses deux clochers se perdaient dans le ciel, à une hauteur de plus de 225 pieds! Nombre de places assises: 1 900.

Vue aérienne de Normandin et de l’église. Elle dominait complètement le paysage.
Source: Société historique Maria-Chapdelaine.

Selon les propos de M. Ludger Lemieux, l’architecte du bâtiment, il voulait faire de ce contrat le plus beau de sa carrière et il confirme avoir réussi.

Sa construction

Le tout débute lors d’une visite de Mgr Labrecque, à Normandin, en 1916. Il constate que l’église en place est beaucoup trop petite et autorise la construction d’un nouveau temple, plus vaste.

À gauche du temple en construction, la petite église précédente semble minuscule. Elle sera déménagée et utilisée à d’autres fins. Source: Société historique du Saguenay, SHS-P002,S7,P01060A-02

En juillet 1917, un premier emprunt de 113 000 $ de l’époque est accordé. La construction peut alors débuter. Il est décidé que le revêtement extérieur serait fait de magnifique granit rouge, facilement accessible près du village.

Cette annonce parait dans le journal Progrès du Saguenay, le 19 avril 1917. On a besoin de gens, en grand nombre, pour ériger un tel temple. Il faudra, en effet, plus de 1 500 sacs de ciment pour assembler les pierres de granit.
Source: Journal Progrès du Saguenay

Ensuite, les choses vont vites. Août 1917, bénédiction de la première pierre. En septembre, décision d’acheter un orgue de près de 10 000 $. Juin 1919, bénédiction de l’église, acclamée par toute la population.

Au total, c’est 300 000 $ qu’il aura fallu pour ériger l’église. Mais tout n’est pas encore terminé.

L’église Saint-Cyrille de Normandin enfin terminée, mais sans les cloches! Elles arriveront en 1921. Selon plusieurs témoignages, la voute intérieure, étoilée, était splendide.
Source: Société historique du Saguenay, SHS-P002,S7,P02884-01

Des cloches… et des souliers propres

En 1921, on suspend les carillons Ré-Mi-Fa aux clochers. Le poids de ces cloches était, respectivement, de 4 000, 2 800 et 2 100 livres.

Faire sonner les cloches d’une église, pour une première fois, est un événement important pour un village. Le curé ne manquera pas de le rappeler à ses ouailles, le dimanche précédant la fête.

Extrait du prône de l’avant-dernier dimanche qui, il faut le dire, ne manque pas de couleurs: «Les cloches sont arrivées, à vous d’y lire ce qui est écrit. Dimanche prochain, elles seront décorées pour leur bénédiction. Soyez propres pour vos chaussures. Elles tinteront à 7 heures le soir.».

Et de terminer sur cette recommandation: «Soyez poli envers les étrangers.»

Chaussures propres ou pas, c’est la fête au village. Pas d’école, banque fermée jusqu’à midi, et toute la haute société civile et religieuse y est.

Sa finition tardive

Encore en 1946, soit plus de vingt-cinq ans après sa construction, l’église Saint-Cyrille de Normandin était magnifique, mais pas encore terminée!

Ce n’est qu’à la suite d’un vote, tenu auprès des paroissiens, qu’il est décidé de terminer l’ouvrage pour de bon. Le coût estimé: 135 000 $.

Vue de l’intérieur. L’église pouvait asseoir près de 2 000 personnes.
Source: Société historique du Saguenay, SHS-P002,S7,P08037-01

Une souscription dans la paroisse rapporte 40 000 $ et un autre prêt de 50 000 $ est autorisé.

Les travaux durèrent plus de deux ans.

Enfin, le 28 novembre 1948, la première grand-messe est chantée dans l’église restaurée.

Un diocèse au Lac-St-Jean?

Selon plusieurs, l’église, qui ressemblait plus à une cathédrale, devait au départ servir de diocèse pour le Lac-St-Jean.

Le temple en possédait certainement l’envergure et la capacité.

6 janvier 1974

Le réveil est brutal pour toute la population. Pendant la nuit, une veillée avait eu lieu dans le soubassement de l’église. Moins d’une heure après que les dernières personnes eurent quitté, de la fumée est visible…

Au petit matin du 6 janvier 1974, Normandin se réveille sous le choc. Les autorités ne peuvent que sécuriser les lieux.
Source: Courtoisie Paul Dion

Devant l’ampleur du désastre à venir, le chef Piquette fait appel aux pompiers de Mistassini et Saint-Méthode. Dans un premier temps, on croit être capable de sauver la partie principale.

Malheureusement, le feu se répand aux ornements de bois. Tout l’intérieur devient une fournaise où il est impossible d’entrer.

Le village regarde, impuissant, le second clocher sur le point de s’effondrer.
Source: Courtoisie Jacqueline Boivin Dion

Impuissants, les pompiers ne purent que faire ce qu’ils pouvaient pour sécuriser les lieux et tenter de limiter l’incendie à ce seul bâtiment. Par chance, les deux clochers tombèrent à l’intérieur de l’église.

En trois heures à peine, l’église est détruite, sous les yeux catastrophés des citoyens.

Chacun, à pied ou en automobile, vient regarder ce qui reste de l’église.
Source: Courtoisie Paul Dion

 

Plusieurs heures plus tard, des flammes sont encore visibles à l’intérieur. À remarquer, cette photo a été prise du même endroit que celle un peu plus haut dans cette chronique.
Source: Courtoisie Paul Dion

La perte est évaluée à plus de trois millions de dollars.

Vue aérienne de l’endroit, quelques mois plus tard. Il faut maintenant prendre des décisions.
Source: Courtoisie Paul Dion

La messe suivante

Consternation et désolation. Une messe est organisée, le jour même, dans une salle du couvent Sainte-Marie. Le curé Paradis, après les mots d’usages, mentionne qu’il faudra un temps de réflexion avant de prendre des décisions.

Cette photographie pourrait presque laisser croire à des ruines antiques de l’Europe. Pourtant, c’était bel et bien au Lac-St-Jean.
Source: Courtoisie Paul Dion

Au printemps, une première évaluation est faite pour explorer la possibilité de conserver les murs restants. Sur le plan monétaire, ce n’est pas viable. Plus de 400 000 $ et pas plus d’église.

Sans doute à regret, on décide de jeter à terre ce qui reste du temple. Le spectacle est triste, mais les choix, inexistants.

On doit se résigner à détruire les ruines. En 1974, aucun plan de sauvetage n’est envisageable. Le lieu sera rasé à l’été de 1975.
Source: Courtoisie Paul Dion

Une nouvelle église, plus modeste, remplacera ce qui aura été une fierté religieuse de la région, pendant plus de soixante ans.

Une grande perte et des nuances…

Encore aujourd’hui, plusieurs citoyens de Normandin regrettent ce magnifique temple. C’est compréhensible.

Ils y ont été baptisés, s’y sont mariés, ont célébré un dernier au revoir pour un proche. Il s’agit donc d’une charge émotive normale.

Aussi, objectivement parlant, cette église était magnifique, c’est vrai. Difficile de dire le contraire. C’est tout un pan de notre patrimoine religieux qui s’est envolé.

Les nuances

En 1974, toutefois, certains y ont plutôt vu une occasion de réflexion. Sans contester l’importance et la beauté, ils amenaient un point de vue que je trouve intéressant, à savoir la séparation du lieu de culte, du culte lui-même.

[SANS DESCRIPTION]
Source : Courtoisie Paul Dion
Pour eux, sans que cette perte soit une bonne nouvelle, elle permettait de remettre les choses en perspective du moi, face à la religion.

Ceci amena des réflexions pertinentes comme «Dieu ne m’aimera pas moins si je prie dans une église modeste», ou «Une église est faite pour célébrer la foi, pas pour épater la galerie.»

Finalement, et sans nécessairement faire de lien, la communauté de Normandin a fait le choix de ne pas reconstruire une copie conforme de l’église de 1919.

Si la bâtisse n’est plus là, les souvenirs eux, sont encore présents et nombreux!

Qui a fait quoi

Architecte construction 1919: M. Ouellet, Québec
Maçonnerie et charpente: Edmond Tremblay, Chicoutimi.
Architecte intérieur: Ludger Lemieux, Montréal.
Entrepreneur-général: Louis Dallaire, Normandin.
Enduits: Gérard et Gérard Ltée, Montréal.
Charpente métallique: L.-P. Carrier, Lévis.
Marbre, mosaïque, autels et baldaquins: Studio Corté, Montréal.
Terrazzo : La Coopérative de Travail, Québec.
Électricité: J.-A. St-Amour Ltée, Montréal.
Escaliers: Les Ateliers Émile Couture, Chicoutimi.
Ameublement: Maison Casavant et Frères, Saint-Hyacinthe.
Statues de l’ambon: Maison Trudel, Saint-Romuald.
Statues du retable: Carli et Petrucci, Montréal.

Normandin en bref, selon le site Internet de la municipalité:

Résidents en 2016: 3 033
Arrivé des premiers colons: 1878
Année de fondation: 1879
Construction d’une nouvelle église: 1887
Premier curé résident: 1894
Arrivée du train: 1927

Christian Tremblay, chroniqueur historique et administrateur de la page Facebook Lac-St-Jean histoire et découvertes historiques
https://www.facebook.com/histoirelacstjean/

Une petite note personnelle
Avant de terminer la chronique historique de cette semaine, je m’en voudrais de ne pas saluer le dévouement exemplaire d’une jeune étudiante de la Société de généalogie et d’histoire Maria-Chapdelaine, Clara Boutin. Son enthousiasme à chercher et trouver de la documentation pour cette chronique sur l’église de Normandin m’a fait souvent sourire, mais positivement!

Note: des droits d’auteur s’appliquent aux photographies et images de la chronique. Il est par conséquent interdit de les sauvegarder pour diffusion sans l’autorisation de la source mentionnée au bas de chacune.

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Je suis Réjean Lavoie , je m’y suis marié avec Jacinthe Dion domiciliée à Normandin le 5 octobre 1973 , probablement un des derniers mariages célébrés dans cette église de toute beauté . Bien sûr , comme tous les jeunes ,on y a des yeux que pour la mariée mais l’église y était pour quelque chose .J’étais résident de Girardville .Celle ci est décédée dernièrement le 14 mai 2017 . Quel beau souvenir !!!