Thérèse Légaré, la miraculée de 1932

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Par Christian Tremblay
Thérèse Légaré, la miraculée de 1932
Le couvent des Ursulines de Roberval. Est-ce qu'un vrai miracle s'y est produit? En 1932, on y croyait. Source : Société historique du Saguenay, P002,S7,P07712-01

Il y a quelques jours à peine, les personnes qui croient au Jésus de l’Église catholique romaine ont célébré la mort et la résurrection de celui-ci. Ceci est, pour eux, le plus grand de ses miracles. La foi, c’est la foi, et pas question d’ouvrir un débat ici sur la véracité de l’événement. Détail ironique toutefois, nous sommes beaucoup de monde à avoir traversé cette fin de semaine en mangeant du chocolat… des Pères trappistes. Pour dire que malgré le chocolat, la religion n’est pas encore très loin!
Mais revenons à notre histoire de miracle. Cette semaine, je vous propose un exercice difficile à faire, mais avec un peu d’effort, on y arrive. Nous allons, le temps de lire ce texte, retirer nos yeux 2019, et s’en installer une toute nouvelle paire, mais de 1932. Ceci suppose des sacrifices, comme par exemple de mettre de côté tout ce que la science a découvert depuis ce temps, et, en plus, de faire marcher Dieu parmi nous.
Armés de nos nouveaux yeux, nous allons ensemble lire une histoire qui raconte ce qui en 1932 a été interprété comme étant un VRAI miracle. Avec le temps, cet événement n’a pas su traverser les étapes nécessaires pour être reconnu comme tel, mais au moment où tout cela s’est déroulé, on y croyait dur comme fer.
Voici l’histoire de Mère Marie-de-Lourdes, la miraculée du Lac-Saint-Jean en 1932.

Thérèse Légaré

Thérèse Légaré, alias Mère Marie-de-Lourdes, naît le 11 avril 1891 à Charlesbourg, tout juste au nord du centre-ville de Québec. Ses parents sont Narcisse Légaré et Célanire Lambert. Elle prend sa vêture à l’âge de vingt ans, et prononce ses vœux en 1913. Elle a alors vingt-deux ans.
Théoriquement, l’année 1932 aurait dû être une année mémorable pour les Mères ursulines de Roberval. En effet, c’est en grande pompe que la communauté voulait souligner le cinquantième anniversaire de leur présence au Lac-Saint-Jean. Malheureusement, pour elles comme pour tous les autres, la grande crise économique frappe depuis deux ans, et le temps n’est pas à la fête.
Pour ajouter à la morosité de ce début d’année, Thérèse Légaré, qui traine sans doute des symptômes depuis quelque temps, doit prendre le lit à la troisième semaine de janvier.
À ce moment de l’histoire des Dames ursulines, c’est le médecin Hubert-D. Brassard qui est le docteur attitré auprès de la communauté. Le docteur Brassard n’est pas le dernier venu, puisqu’il est chirurgien, et deviendra le médecin en chef de l’hôpital-sanatorium de Roberval, qui avait ouvert ses portes en 1918.

Le docteur Hubert-D. Brassard est celui qui a soigné Mère Marie-de-Lourdes. En 1932, ses conclusions sont déroutantes.
Source : publication relatant le cinquantenaire de l’Hôtel-Dieu Saint-Michel de Roberval.

C’est lui qui, à la fin janvier, diagnostiquera une méningite tuberculeuse à Mme Légaré.

Le fil des événements

Impossible de savoir quand exactement Mère Marie-de-Lourdes a contracté le virus, puisqu’il peut demeurer en sommeil entre trois et six mois chez les adultes. En 1932, cette maladie fait encore des ravages dans la population. La médecine va bientôt trouver des traitements efficaces, mais nous n’y sommes pas encore.

Titre du Progrès du Saguenay en février 1932. Il ne va pas jusqu’au miracle, mais parle plutôt de guérison extraordinaire.
Source : Journal Progrès du Saguenay

Statistique intéressante, seulement au Sanatorium de Roberval, c’est plus de 1050 cas qui ont été traités entre 1938 et 1943. De ces cas, 40 % n’avaient plus aucun symptôme de la maladie deux ans après le premier traitement. Cela peut sembler peu, mais en comparaison des statistiques des années précédentes, c’était un pas de géant.
Malheureusement pour Thérèse Légaré, la maladie frappa avant ces progrès spectaculaires.
Fin janvier 1932 donc, le docteur Brassard ne peut que constater le fait : Mère Marie-de-Lourdes souffre de cette affection si mortelle à l’époque.
Confinée dans son cloître, elle reçoit les soins nécessaires à son état, dans les limites de ce qui peut être fait à ce moment.
Au fil des jours, l’état de la malade ne cesse de se dégrader. La fièvre est persistante et elle oscille à 104 degrés. Un peu plus tard, la maladie progresse encore et Thérèse Légaré perd la vue complètement.
Au couvent, l’on se prépare au pire. Malgré tout, les religieuses débutent une neuvaine de prière en l’honneur de Notre-Dame-de-Lourdes. Cette neuvaine devait se terminer la même journée que l’anniversaire de la première apparition de la Vierge à Bernadette, à Lourdes.
Début février, le docteur Brassard fait une visite auprès de la malade. Après cet examen, son pronostic est implacable : la maladie est trop avancée, et le cas de Mère Marie-de-Lourdes est désespéré… Pour lui, ce n’est qu’une question d’heures, ou au mieux, de quelques jours.
Les quelque cent cinquante élèves du couvent se réunissent au pied de l’une des statues de la Sainte vierge et récitent les mêmes invocations que l’on fait à Lourdes, en France.
Toutefois, à ce moment, rien n’y fait.
Le 10 février en fin de journée. Nous sommes un mercredi. Le docteur Brassard revient auprès de sa malade. Il déclare que le cœur de Mère Marie-de-Lourdes est trop faible, et que les chances qu’elle passe la nuit sont minces.
La Révérende Mère supérieure va chercher Le rituel romain , pour la récitation des prières pour les agonisants.
Le 11 février au matin. Un peu après 6 h, il est décidé par l’abbé Marcoux, chapelain des Ursulines, qui lui non plus ne voyait plus d’espoir, d’administrer l’extrême-onction à la religieuse. Celle-ci, aveugle, fiévreuse et à peine consciente, ne parvint qu’avec grande peine à recevoir cette dernière communion.
Les autres religieuses communièrent avec elle, attendant la fin.
L’abbé Marcoux, chapelain des Ursulines pendant plusieurs décennies. Il a administré l’extrême-onction à Thérèse Légaré quelques minutes seulement avant sa guérison subite et complète.
Source : Société historique du Saguenay, P002,S7,P05554-02

Quelques minutes plus tard…

Dans la chronique de cette semaine, c’est exactement à ce point-ci de l’histoire que foi et science prennent des chemins différents. Ces deux routes, irréconciliables de par leurs natures, feront réagir les uns et les autres bien différemment. À vous de voir lequel de ces chemins vous empruntez.
Quelques minutes plus tard, alors même que le groupe de religieuses est au chevet de la condamnée selon la médecine et l’Église, Thérèse Légaré ressent ce qu’elle décrira plus tard comme une vive douleur à l’œil. Tellement, que malgré sa faiblesse apparente, elle parvient à soulever le bras pour tâter sa paupière.
Il ne faut alors que quelques secondes pour que, les yeux maintenant à demi-ouverts, elle déclare « Je vois… » en observant les personnes et objets qui l’entouraient.
La fièvre, elle, tomba de 104 à 98 degrés.
Tout aussi subitement, la mourante, sous les yeux étonnés de tous, ajouta qu’elle se sentait bien et qu’elle voulait se lever.
Je répète ici que nous étions quelques minutes seulement après une extrême-onction, au sortir d’une nuit où la médecine prévoyait son décès dans les heures prochaines.
Thérèse Légaré tint tête à toutes celles qui l’enjoignaient avec vigueur de rester au lit. Elle s’assied, posa ses pieds sur le plancher et se leva, en apparente excellente forme!
Dès qu’elle fut levée, elle vêtit ses habits religieux, et selon le témoignage de toutes les personnes présentes, elle commença à chanter Mon âme glorifie le Seigneur , suivi par toutes les autres religieuses, qui, à ce moment, comprirent le miracle qui venait de se passer sous leurs yeux encore éberlués.
Tout en marchant pour démontrer sa forme, elle lance un « J’ai faim! ». On lui servit un repas qu’elle mangea avec appétit. Puis, un peu avant midi, elle mange de nouveau.
C’est à ce moment qu’on appelle le docteur Brassard.
À midi, le docteur Brassard entre au couvent et se présente à la porte de l’infirmerie pour visiter la mourante de la veille. Il tomba des nues lorsqu’il vit, planter devant lui, Mère Marie-de-Lourdes en personne, venir l’accueillir.
Après examen, il la déclara complètement guérie. C’est devant témoins qu’il lui dit « Ma Sœur, ce ne sont pas les remèdes humains qui ont opéré un changement si subit dans votre état ». La religieuse s’empressa de remercier le docteur pour ses soins. Le docteur Brassard rétorqua « Vos remerciements doivent aller à la Sainte Vierge! ».
À 14 h 30, élèves et religieuses, avec Mère Marie-de-Lourdes en tête, se rendirent à la grande chapelle pour une célébration digne de l’événement. La religieuse resta agenouillée tout au long de la cérémonie. C’est entourée de toutes ses élèves qu’elle quitta la chapelle.
Elle déclarera vouloir retourner donner ses cours de couture le plus rapidement possible.
Un peu plus tard, on téléphone à la sœur de Thérèse Légaré, qui est également religieuse, pour lui apprendre la nouvelle. Celle-ci répondra « Vous ne m’apprenez rien, je savais tout! Depuis ce matin, je saute de joie. J’étais persuadée que ma petite sœur était guérie! »
Trois jours plus tard
La guérison se confirme. Les nuits sont bonnes, la vue est excellente, l’appétit est au rendez-vous et la fièvre ne revient pas. Chaque jour, Mère Marie-de-Lourdes se rend à la chapelle et y passe plusieurs heures debout. Elle ne se repose que par obéissance.
Le docteur Brassard lui, n’en revient tout simplement pas, et ajoute, « Je cherche une cause naturelle à votre guérison soudaine et je n’en trouve pas… »

Titre du Progrès du Golfe de Rimouski, qui lui parle de miracle.
Source : Journal Le Progrès du Golfe, février 1932

Les déclarations de Mère Marie-de-Lourdes

Voici deux citations de Thérèse Légaré un peu après les événements. Ceci est important, car décrire une scène de l’extérieur, c’est bien, mais de connaître comment la personne concernée a vécu l’événement, c’est encore mieux.
Au sujet de la nuit précédant sa guérison subite :
« Il semblait que j’étais soutenue par une main invisible. »
À son réveil :
« Au réveil, il ne me restait plus qu’une grande faiblesse, mais ma vue demeurait voilée. Cependant, je ne ressentais aucun des malaises qui m’accablaient les jours précédents »… « mes yeux qui, depuis quinze jours, ne s’ouvraient plus commencèrent à apercevoir le crucifix et la statuette de Marie que je tenais en mes mains. »

La famille Légaré

Un peu plus tard, à la suite de l’événement, la famille Légaré de la région de Québec offrit au couvent une statue de la Vierge haute de 84 centimètres, posée sur un piédestal de marbre blanc veiné noir d’un mètre.

La couverture médiatique

Est-ce que cette guérison interprétée comme étant miraculeuse à l’époque a eu un quelconque écho dans les journaux? Ho que oui!
En fait, à peu près tous les journaux de la province ont parlé l’épisode avec moult détails. Que ce soit nos journaux régionaux de l’époque comme Le Colon ou le Progrès du Saguenay, mais aussi, et entre autres, Le Progrès do Golfe de Rimouski ou La tribune de Sherbrooke. De même que L’Action catholique de Québec, Le Clairon de Saint-Hyacinthe, et même Le Soleil de Québec, qui lui n’hésite pas à parler de miracle.

Titre du journal Le Soleil de Québec. Pour lui aussi, l’événement est un miracle.
Source : Journal Le Soleil, février 1932

Miracle ou pas?

Bien malin celui qui pourrait le dire. Comme mentionné au début de la chronique, c’est ici une question de croyance. Est-ce qu’il est possible, considérant la médecine de l’époque, de pratiquement se mettre à danser quelques heures après avoir été condamné à quelques heures de survie par la médecine et quelques minutes après une extrême-onction de l’Église? D’un autre côté, c’est peut-être justement l’état de la médecine d’autrefois qui a erré concernant la gravité effective de la maladie de Thérèse Légaré.
L’un dans l’autre, la question reste ouverte.
Une chose est certaine toutefois : à l’époque, oui, ceci a été considéré comme un miracle.
Rendu là, à vous de voir!
Qu’est devenue Mère Marie-de-Lourdes?
La question est intéressante, d’autant que nous avons une réponse. Selon les annales des Mères ursulines, la miraculée n’a plus jamais eu de symptômes de cette maladie. Elle a continué sa vie de religieuse et au final, elle est décédée à l’âge vénérable de 89 ans en 1980.

Agrandissement de la stèle où repose aujourd’hui Thérèse Légaré, au cimetière municipal de Roberval.
Source : Fichier GENAISE de la Société historique du Lac-Saint-Jean

Elle repose aujourd’hui au cimetière municipal de Roberval, avec ses compagnes de vie.
Vue d’ensemble des stèles regroupant les corps de toutes les religieuses décédées à Roberval au cours de l’histoire de l’institution.
Source : coll. Personnelle Christian Tremblay

Page Facebook Saguenay et Lac-Saint-Jean histoire et découvertes historiques :
https://www.facebook.com/histoirelacstjean/
Christian Tremblay, chroniqueur historique

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