Miel Picard: les temps changent

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Par Guillaume Pétrin
Miel Picard: les temps changent
André et Chantale Picard gardent espoir que les choses puissent continuer de s’améliorer en ce qui concerne l’usage prophylactique des néonicotinoïdes. (Photo Trium Médias – Guillaume Pétrin)

Même si la tradition se poursuit depuis quatre générations, la famille Picard est consciente que les temps ont bien changé depuis les tout débuts de l’entreprise familiale.

Les habitudes de consommation ont bien changé. Acheter des produits locaux peut faire la différence pour les entreprises de la région entre mourir ou survivre. Bien conscient de cette réalité, André Picard confirme que les habitudes de consommations des clients ont évolué au cours des dernières années.

« Les temps changent. Avant, on vendait énormément de miel au détail dans les expositions comme celle de Saint-Félicien. En 1970, il y a des années qu’on faisait 40 000 bouchées et 10 000 pains de miel! Les générations ont changé et tout ça a diminué. »

La vente de miel est la principale source de revenus de Miel Picard. (Photo Trium Médias – Guillaume Pétrin)

Les prix

L’entreprise limite sa distribution au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Selon lui, cela a pour effet d’offrir une certaine protection face à la compétition extérieure.

« Le monde regarde le prix final. Il y a le libre-échange mondial et on n’est pas capable de compétitionner avec le miel qui provient de l’extérieur. Ici, dans le coin, on est chanceux car les gens achètent notre miel, car ils savent que c’est un produit local. »

Il mentionne que les gens dans les grandes villes semblent plus s’attarder aux prix le plus bas que dans les citoyens des plus petites villes. Chantale confirme les dires de son oncle : « On a cette chance là, ici, d’avoir des fidèles clients! »

Danger : pesticides

La disparition des abeilles préoccupe les apiculteurs de partout dans le monde. Parmi les facteurs pointés du doigt, on retrouve les mauvaises conditions météorologiques en hiver et au printemps, la présence de parasites nuisibles comme le varroa et surtout, les néonicotinoïdes.

Insecticides les plus vendus dans le monde, les néonics sont considérés par plusieurs comme l’ennemi juré numéro 1.

Alors que du côté de Santé Canada on reconnaît que l’utilisation des néonicotinoïdes favorise le déclin des abeilles, le ministère de l’Environnement du Québec a accordé récemment une dérogation aux agronomes pour prescrire des semences de maïs enrobées de néonicotinoïdes.

Sans les abeilles pour la pollinisation des champs, la production de bleuets risquerait de diminuer de 80 %. (Photo Trium Médias – Guillaume Pétrin)

Miel Picard

Lorsque interrogés sur le sujet, tant André Picard que sa nièce Chantale s’entendaient pour dire que la situation est réellement problématique.

« Il y a beaucoup d’agriculteurs qui font de la monoculture et qui emploient toutes sortes d’insecticides et de fongicides. C’est certain que ça laisse des traces dans le sol. Après ça, l’année suivante, quand les fleurs poussent, il en reste un petit peu et ça tue tout ce qu’il y a de pollinisateurs. Ça tue aussi les abeilles sauvages et ça tue les verres de terres », soutient André Picard.

« Quand j’étais jeune, on n’avait pas ce problème-là, car c’était juste des petits agriculteurs qui faisaient tous eux-mêmes leurs récoltes. »

Chantale Picard, qui sera appelée à prendre la relève de l’entreprise, abonde dans le même sens.

« L’abeille qui va aller là-dessus va vivre moins longtemps et le nectar qu’elle va amener à la ruche va même tuer certaines larves. »

Pour eux, la solution est claire, sans toutefois être simple à mettre en œuvre.

« Il faudrait que tous les agriculteurs reviennent bio, comme dans le temps et là, on serait correct. On est chanceux, car ici il y en a de plus en plus qui choisissent le bio. On ne veut pas non plus juger le monde, mais on sait que cela a un impact sur nous. »

Fédération des apiculteurs du Québec

Julie Fontaine, de la Ferme Au Pied-de-loup, à Saint-Georges-de-Windsor, agit à titre de présidente du comité des pesticides au sein de la fédération.  Selon elle, l’usage prophylactique, c’est-à-dire l’utilisation de pesticides de manière préventive au moment du semis, est très problématique.

« Ça fait 15 ans que l’on travaille là-dessus et ça fait 15 ans qu’on dit la même chose : qu’il faut réduire l’utilisation des pesticides. 96% des enrobages de pesticides ne sont pas nécessaires, et ça fait 15 ans qu’on demande aux semenciers d’offrir une alternative. »

(Photo Trium Médias – Guillaume Pétrin)
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