Caribou et exploitation forestière : un équilibre délicat

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Par Serge Tremblay
Caribou et exploitation forestière : un équilibre délicat
Martin-Hugues St-Laurent, professeur au département de biologie, chimie et géographie de l’Université du Québec à Rimouski, et Yan Boulanger, chercheur scientifique en écologie forestière au Centre de foresterie des Laurentides de Ressources naturelles Canada. (Photo : courtoisie)

Concilier protection du caribou forestier, impact des changements climatiques et exploitation forestière ne se fera pas sans heurts. Le statu quo n’est tout simplement plus une option, affirment les chercheurs scientifiques Martin-Hugues St-Laurent et Yan Boulanger, qui ont étudié la question en profondeur.

Le caribou forestier est menacé sur plus d’un front. D’un côté, la perturbation de son habitat par les opérations forestière le rend plus vulnérable face à ses prédateurs comme le loup et l’ours. D’autre part, les changements climatiques exerceront une pression à la baisse sur la qualité de son habitat.

« On a voulu voir l’impact des changements climatiques appréhendés jusqu’en 2100. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y aura une hausse importante des températures et des conditions de sécheresse, donc une hausse non négligeable des feux de forêt. S’il y a plus de feux, on a alors des peuplements forestiers plus jeunes », explique Yan Boulanger.

Celui-ci ajoute que lorsque le paysage forestier se rajeunit, on se retrouve avec davantage d’espèces comme le tremble ou le pin gris, et donc un habitat de moindre qualité pour le caribou.

« Ceci dit, même dans un scénario de changements climatiques très importants, l’impact de la récolte forestière est toujours plus important, et ce, au moins pour les 30 à 50 prochaines années. »

Perturbation

L’indice actuellement utilisé fait état d’un taux de perturbation maximal de l’habitat du caribou de 35% pour lui donner une chance de survie.

« À 35% de perturbation, on a 60% de probabilité d’autosuffisance pour l’espèce. C’est un peu comme dire : tu vas sur le bord du Grand Canyon et tu as 60% de chance de ne pas tomber », explique Martin-Hugues St-Laurent.

Quoi faire, dans ce cas, pour préserver à la fois la viabilité de l’espèce et les emplois qui découlent de l’exploitation forestière?

« Il y a une Loi qui nous oblige à protéger le caribou forestier, alors c’est incontournable. L’âge d’or de l’exploitation de la forêt que l’on a connu est derrière nous. De plus, les changements climatiques vont avoir une incidence sur la productivité des forêts. Les possibilités forestières vont en être réduites, et ça, ça n’a rien à voir avec le caribou. »

Coût

Même s’il concède qu’il y aura un coût économique, Martin-Hugues St-Laurent est d’avis que la situation n’est pas aussi alarmante que l’ont fait valoir certains membres de l’industrie. Développer de nouvelles pratiques d’aménagement et revoir notre conception de l’exploitation forestière permettra de concilier les usages.

 

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